‹ L'église et la révolution françaiseChapitre 16 sur 373 · OPINIONS ARRIÉRÉES DES ASSEMRLÉES DU CLERGÉ · texte numérisé non relu

OPINIONS ARRIÉRÉES DES ASSEMRLÉES DU CLERGÉ

de sa propre théorie; mais quand on songe quil a, en définitive, formé en grande partie la génération qui a fait la Révolution, on comprend qu'elle ait commis les plus grandes fautes en réglant les relations de l'Etat et de l'Eglise. Evidemment elle était mal préparée par son éloquent précepteur à sauvegarder la liberté de la conscience.

Ce que nous avons dit de l'état moral du clergé au dix-huitième siècle explique l'attitude qu'il prit en face des réclamations de l'opinion publique sur l'emploi de ses richesses et sur l'intolérance des lois. Nous le voyons en 174-9 protester énergiquement, par l'organe du cardinal de la Rochefoucauld contre les projets deMachault et contre l'édit de la même année qui rendait obligatoire l'autorisation royale pour toute nouvelle acquisition ou fondation. La cour céda sur le premier point, dans l'espoir d'obtenir l'apaisement des querelles religieuses, et Machault fut sacrifié aux implacables rancunes des propriétairesecclésiastiques. En 1788, l'Assemblée du clergé appelée à voter sur les résolutions adoptées par l'Assemblée des notables, résolutions qui, pour la première fois, soumettaient à l'impôt toutes les terres, y compris les biens ecclésiastiques, protesta avec une grande énergie contre une innovation qui lui semblait bouleverser les lois divines et humaines.

« Nos immunités, porte le Mémoire présenté au roi, prennent leur source dans la consécration, la destination et l'atïïanchissement primitif de nos biens ; ces biens sont voués, consacrés à Dieu, avec exemption de toute charge étrangère à leur destination. C'est pour remplir ces vœux et ces charges que les biens du clergé, par un consentement irrévocable du roi et de la nation, forment un domaine inaliénable et sacré. Nous oserons dire à un maître dont la magnificence égale la puissance : Notre conscience et notre honneur ne nous permettent pas de consentir à changer en tribut nécessaire ce qui ne peut être que l'offrande de notre amour. Plaise à Dieu de conserver toujours à la France cette antique constitution qui, par la force de son esprit, supérieur à la révolution des temps et à la licence des opinions, a porté le royaume au plus haut degré de splendeur. »

Telle était en 1788 l'opinion du haut clergé en ce qui concerne les propriétés ecclésiastiques Etait-il mieux disposé pour la tolérance des opinions? Nous avons rappelé avec quelle insistance il invoquait la répression légale contre les écrits des philosophes. Ces réclamations déjà fort vives furent empreintes d'une particulière amertume en 1781 et en 1782. On décida de dénoncer au roi toute opinion contraire au christianisme.

« Les provinces consternées, lisait-on dans le Mémoire présenté sur ce sujet par Dulau, archevêque d'Arles, défèrent unanimement à la sollicitude du cierge' général, cette redoutable nuée de productions antichrétiennes répandues avec impunité, de l'enceinte de la capitale aux extrémités du royaume *. »

Ce qui est plus grave, c'est l'attitude des dernières assemblées du clergé à l'égard des protestants. Nous avons déjà dit que le dix-huitième siècle avait maintenu à leur égard la législation de Louis XIV. Un de leurs pasteurs , François Rochette , avait été exécuté en 1762, et la mort, disons mieux, le meurtre juridique de Calas remontait à la même époque. L'explosion d'indignation soulevée par ce dernier crime et éloquemment entretenue par Voltaire avait plus avancé la cause du protestantisme qu'un demi-siècle de souffrances obscures. On n'osait pas encore demander de le tolérer comme religion, mais on avait honte de la proscription dont était frappée une des classes les plus honorables de la population. Déjà, depuis quelques années, la magistrature alarmée de toutes les iniquités favorisées par l'absence d'état civil, pour les protestants, avait cherché divers expédients juridiques pour tourner la difficulté, mais ces expédients qui variaient d'un ressort à l'autre étaient très insuffisants. Les amis de la tolérance poussaient ouvertement à la reconnaissance légale, sinon du protestantisme au moins des protestants par la concession d'un état civil régulier; Malesherbes avait composé en 1785 et en 1786 deux mémoires sur cette matière, en y joignant un projet de loi. A l'Assemblée des notables de 1787, le marquis de la Fayette, qui avait respiré aux Etats-Unis

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