ÉTRANGE MÉMOIRE DE MAURY
leur mise hors la loi. Ce beau projet devait être flanqué d'une bulle d'excommunication contre les jansénistes et les philosophes ; les peuples seraient ainsi ramenés à la raison et briseraient le joug qu'ils avaient secoué un moment l. Voilà ce qu'osait proposer la contre-révolution ; certes elle se montrait aussi exagérée et insensée dans son sens que ses plus violents adversaires dans le leur. Ses conseils n'étaient point mal accueillis à Rome. Le pape ne se contentait pas de défendre, selon son droit et son devoir, les grandes maximes de son Eglise, il se constituait décidément le chef de la réaction en Europe et se déclarait hautement solidaire de l'ancien régime. Déjà nous l'avons vu frapper de ses anathèmes non-seulement la constitution civile du clergé mais encore les principes élémentaires de la justice sociale et de la liberté politique. Il était malheureusement entouré d'une Camarilla absolutiste qui se plaisait à confondre la cause la plus juste avec la cause la plus mauvaise. Dans le commencement de cette année 1791 le chevalier d'Azara , ambassadeur d'Espagne , lui avait fait passer un mémoire confidentiel par le cardinal de Bernis, qui était à la veille d'être remplacé comme ambassadeur de France par un représentant modéré de la Révolution. Ce mémoire conseillait vivement à la cour de Rome de se refuser d'admettre le comte de Ségur dans le corps diplomatique et de rompre ainsi ouvertement avec le nouveau régime. Le chevalier d'Azara cherchait à établir une solidarité complète entre la papauté et l'absolutisme monarchique. Le pouvoir temporel du saint-siége est présenté par lui comme le boulevard de la monarchie sans contrôle et comme le rempart de la foi catholique. Une fois ce pouvoir temporel écarté, la Révolution sera partout triomphante 2. Or, à Rome, recevoir un représentant de la Révolution, c'est recevoir un missionnaire de l'anarchie , un suppôt de la révolte impie qui veut s'attaquer au pouvoir temporel du saint-