‹ L'église et la révolution françaiseChapitre 152 sur 373 · Voir le Moniteur du 18 novembre · texte numérisé non relu

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202 LETTRE D'a.NDRÉ CHÉMER.

n'était qu'un coup de parti destiné à maintenir la Gironde à la tête de la Révolution et qui devait être un encouragement au débordement des fureurs révolutionnaires! Vergniaud eut le tort impardonnable de prêter sa magnifique éloquence à cette cause exécrable. Il n'eut d'indignation que pour les nobles et les prêtres qui avaient soufflé le feu de la. discorde à Avignon; c'est dire qu'il ne frappa que les victimes. « Que des bourreaux, dit-il en terminant son discours, ne soient pas le premier présent que vous ferez aux Avignonnais. » Il oubliait qu'il y a quelque chose de pire que d'élever un échafaud pour de grands coupables ; c'est d'aiguiser le poignard des assassins par une scandaleuse impunité. Il parvint à entraîner l'Assemblée , et l'amnistie du 19 mars 1792 fut un encouragement aux meurtriers. On en vit l'effet au mois de septembre de la même année.

Un pareil décret donne la mesure de la justice qu'on pouvait attendre de l'Assemblée législative dans toutes les questions touchant de près ou de loin aux luttes religieuses. Tout la pousse à l'arbitraire et à la tyrannie. Cependant les difficultés inextricables où elle s'embarrasse de plus en plus et dont elle ne sort momentanément que par d'odieux abus de pouvoirs font parfois surgir du débat la vraie solution. A force de recueillir les fruits amers de la grande faute de la Constituante, les bons esprits, assez sensés pour ne pas être obscurcis par la fumée du combat et les fureurs de la lutte, comprennent qu'on a fait fausse route en voulant constituer une religion civile et que l'on a préparé à plaisir tous les conflits qui divisent et agitent profondément le pays. Cette opinion qui s'exprime timidement à l'Assemblée est formulée dans le Moniteur avec autant de clarté que de vigueur par un illustre poëte , l'honneur des lettres françaises à cette époque avant d'être l'un des plus nobles martyrs de la liberté. André Chénier la comprenait trop bien et la servait trop courageusement pour être oublié par la Terreur. Par un éclair de génie il démêle de suite la cause de l'agitation religieuse qui poussait les uns à la tyrannie la plus insupportable et les autres à la guerre civile. Cette cause, ce

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