IL DEMANDE LA RÉPARATION DE L'ÉGLISE ET DE L'ÉTAT
ferment des luttes les plus dangereuses du moment, c'était à ses yeux l'immixtion de l'Etat dans les affaires de la religion. André Chénier n'était pas croyant; il pensait et parlait en philosophe, et forçait même un peu son langage pour être compris de ceux auxquels il s'adressait, mais il montrait bien plus de respect pour la conscience et pour les plus saintes croyances de l'âme que ces catholiques, aveugles autant que zélés, qui ne savaient réclamer qu'une application différente des principes sociaux dont ils étaient alors les victimes et qu'ils eussent trouvés excellents s'ils avaient servi leur opinion. « Il serait temps, disait-il, que l'esprit public commençât à s'éclairer sur cette matière comme il l'a déjà fait sur d'autres ; et l'Assemblée constituante semble avoir assez fait pour cela puisqu'elle-même nous a donné l'exemple qu'il faut éviter et l'exemple qu'il faut suivre. Le zèle véritablement religieux de quelques-uns et l'indifférence des autres la précipitèrent dans l'idée de faire une constitution civile du clergé, c'est-à-dire de créer un clergé après en avoir détruit un autre. » Le directoire de Paris, par l'organe de Siéyès et de Talleyrand, avait fait ce qu'il avait pu pour conjurer les conséquences funestes de cette mesure en proclamant la liberté religieuse la plus complète. Néanmoins ces grands principes sont foulés aux pieds tous les jours par des haines aveugles qui ne vont à rien moins qu'à une proscription générale de tous les prêtres insermentés, sûr moyen de transformer les conspirateurs en martyrs en confondant en eux l'homme et le prêtre et en faisant envisager tous leurs discours comme une partie de la doctrine, toutes leurs actions commes des fonctions du ministère. « Est-ce en créant un corps de prêtres qui pourront se dire persécutés que l'on espère les rendre peu redoutables? Un châtiment commun et indistinct ne fait-il pas une ligue au lieu de la dissiper? Est-ce en donnant par une loi une sorte d'approbation à ces brutalités infâmes dont Paris fut encore témoin il y a peu de jours et qui font la honte d'un peuple civilisé, que l'on espère élever toutes les classes de la nation à cet esprit de dignité et de respect pour les droits d'autrui, sans lequel il n'y a point de liberté, et faut-il laisser dire aux malveillants qu'en France toutes
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les religions sont permises excepté une ? Qu'importe qu'au fond cette religion diffère d'une autre ou non? Est-ce à l'Assemblée nationale à réunir les sectes et à peser les différends ? » André Chénier reprochait avec raison aux législateurs de l'Assemblée nationale de s'être montrés plus propres à être théologiens que législateurs. Ils avaient ainsi compromis la paix publique en fournissant une occasion d'intrigue et de révolte aux prêtres factieux,, que l'éloquent écrivain ne ménageait pas afin sans doute de faire passer par ces paroles amères les grandes vérités qu'elles enveloppaient. Il parlait sur le ton léger de son siècle de la religion et de l'Evangile où l'on trouve selon lui tout ce qu'on y cherche; cela ne l'empêchait pas de s'élever, en concluant, à toutes les hauteurs des vrais principes sur les relations de l'Eglise et de l'Etat. « Nous ne serons délivrés, disait-il, de l'influence de pareils hommes que quand l'Assemblée nationale aura maintenu à chacun liberté entière de suivre et d'inventer telle religion qui lui plaira , quand chacun payera le culte qu'il voudra suivre, et n'en payera point d'autre, et quand les tribunaux puniront avec rigueur les persécuteurs et les séditieux de tous les partis. Et si des membres de l'Assemblée nationale disent encore que tout le peuple français n'est pas assez mûr pour cette doctrine, il faut leur répondre : Gela se peut ; mais c'est à vous à nous mûrir par votre conduite, par vos discours et par les lois. En un mot les prêtres ne troublent point les Etats quand on ne s'y occupe point d'eux ; et ils les troublent toujours quand on s'en occupe, de quelque manière qu'on s'en occupe. » André Chénier en appelait à l'histoire, qui démontre avec évidence que les inimitiés sacerdotales deviennent des causes d'agitations mortelles pour les pays où elles se déchaînent dès qu'elles ont réussi à s'armer de la puissance publique ; peu importe le masque et le nom qu'elles prennent, qu'elles soient romaines ou constitutionnelles. Il demandait enfin « que pour assurer la pleine liberté religieuse de tous les citoyens on se hâtât de faire une loi par laquelle aucun acte civil n'eût plus rien de commun avec le ministère ecclésiastique, et que l'Assemblée étouffât par l'indifférence les querelles de prêtres, au