‹ L'église et la révolution françaiseChapitre 156 sur 373 · FAUCHET DEMANDE LA PERSÉCUTION · texte numérisé non relu

FAUCHET DEMANDE LA PERSÉCUTION

fussent obligés dans la quinzaine de fixer leur résidence au cheflieu de leur département. Unévêque constitutionnel eut le triste honneur de suivre le préopinant dans la voie de l'intolérance en substituant une pénalité fiscale à l'internement. Fauchet avait une certaine abondance de parole qu'on avait prise pour du talent, même à la cour où il avait prêché avec succès dans son jeune temps et qui tenait à un tempérament fougueux. Il s'était signalé dans les clubs par une attitude fort peu convenable a son état; son exaltation révolutionnaire l'avait désigné aux suffrages pour l'évêché constitutionnel de Caen et l'avait fait nommer à l'Assemblée législative. Il y portait l'ardeur d'un démocrate fougueux et l'aigreur d'un prêtre contesté dans son propre diocèse. Ce n'était pas un méchant homme, mais il avait été gâté par les clubs et, manquant de vues larges et hautes, il suivait passionnément l'impulsion du moment. L'orateur ne garda aucune mesure dans ses invectives contre le clergé réfractaire. Il déclara que la liberté n'était pas compatible avec le fanatisme. Il en fournit de suite la preuve en donnant carrière à son propre fanatisme révolutionnaire et en réclamant des mesures iniques contre ses anciens collègues qu'il caractérisait ainsi : « En présence de ces prêtres les athées sont des anges, a Fauchet demandait qu'on suspendît toutes les pensions ecclésiastiques accordées aux prêtres non jureurs, sous prétexte qu'on ne devait pas les payer pour déchirer la patrie, qu'en conspirant contre elle ils avaient perdu tout droit à ses largesses. C'était déchirer un contrat placé sous la sauvegarde de la bonne foi publique et accumuler dans un seul décret les plus graves injustices. Fauchet comptait que la misère aurait raison des récalcitrants et il disait ironiquement : « Quant à ceux qui resteront cuirassés dans leur prétendue conscience, la faim chassera bientôt ces loups de la bergerie où ils ne trouveront plus rien et les habitants eux-mêmes se lasseront de salarier un culte qu'ils pourraient avoir pour rien et qu'ils pourraient avoir plus commodément et plus majestueusement dans les églises destinées par la nation. » Triste langage dans la bouche d'un évêque qui avait mieux à faire que de spéculer sur les plus bas sentiments de la nature humaine! Heureusement pour l'hon-

208 DISCOURS LIEÉRAL DE TOR.XÉ.

neur de celle-ci ce calcul s'est toujours trouvé faux; la conscience ne s'achète pas plus avec de l'or qu'elle ne se courbe devant le fer. Fauchet s'était trompé de date en prononçant son discours ; il l'avait débité trop tôt; il excita l'indignation d'une grande partie de l'Assemblée. On lui reprocha justement d'avoir prêché la vengeance au nom de l'Evangile. Tomé, «vêque du département de Loir-et-Cher, se chargea de le réfuter; il fut très,applaudi quand il invoqua les grands principes de la liberté religieuse en faveur du clergé réfractaire. « Gardons -nous, dit-il, de considérer comme un crime politique les erreurs des prêtres insermentés, l'erreur n'est pas un crime et le fanatisme s'accroît par la résistance. Il faut donc se contenter de punir la révolte ouverte, supporter le schisme et ses conséquences et laisser à Dieu le soin de venger sa gloire s'il la croit outragée, sans porter un esprit d'inquisition dans la recherche d'un culte clandestin. Qu'on reconnaisse que le prêtre insermenté qui cherche à propager sa doctrine ne fait qu'user des droits de l'homme. » Tomé écartait aussi bien la proposition fiscale de Fauchet que celle de Lejeune. Il disait énergiquement de la première que réduire à la faim des hommes qui avaient vécu dans l'opulence, ce serait agir avec plus de dureté qu'un corsaire, et il flétrissait la seconde par cette énergique parole : « De grâce, Messieurs, sous le régime de la liberté, point de punition sans jugement, point de jugement sans procédure. » U demandait, en finissant, le respect leplus complet de la liberté religieuse. Ce noble langage sauva l'honneur du clergé constitutionnel gravement compromis par la harangue furibonde de Fauchet. Ducos demanda et obtint l'impression du discours de Tomé, « en expiation du discours intolérant qui avait été prononcé la veille. » En vain Fauchet revint à la charge; on le trouva ridicule quand il invoqua la pitié de l'Assemblée en faveur du clergé patenté et salarié pour quelques pierres lancées par des femmes à un curé qui leur déplaisait, et sa proposition de retirer toute pension aux prêtres réfractaires, n'eut pas plus de succès qu'à son premier discours. La majorité de l'Assemblée était encore avec Tomé. La plupart des orateurs s'étaientrangés à son avis. Davignon demandait qu'on mit le culte non inser-

menté sur le même rang que les temples protestants, les synagogues et les mosquées, et Monneron, qu'on punît les factieux non comme prêtres mais comme rebelles. Baert déclara avec une haute raison qu'il fallait ou laisser la liberté de conscience ou persécuter, et qu'au fond les mesures arbitraires proposées contre les réfractaires n'étaient qu'un renouvellement de la fameuse motion de Dom Gerle, c'est-à-dire la restauration d'une religion dominante et persécutrice *. Becquet fit remarquer que la persécution n'aurait d'autre effet que d'accroître les résistances et qu'en sortant du droit commun on constituait une formidable opposition. Plusieurs orateurs proposèrent, comme un sûr moyen de maintenir la liberté religieuse, que l'on ôtât au clergé la garde des actes civils afin de lui enlever toute juridiction temporelle. Hillaire ouvrit le premier cet avis. D'autres orateurs poussèrent à une application plus large encore de la liberté des cultes en demandant que l'entretien en fût abandonné au libre choix des fidèles. Ils ne déposèrent pas sans doute une proposition formelle, mais ils indiquaient la seule issue raisonnable à ces conflits si périlleux pour la Révolution. Un député insista sur ce que l'on devait respecter la liberté des paroisses et leur laisser le libre choix des prêtres qui leur conviendraient, qu'ils fussent assermentés ou non. « Voulezvous calmer la tempête sacerdotale, dit-il, rendez-les tous indépendants de tous les cultes. Des paroisses veulent conserver leurs anciens prêtres. Eh bien, qu'elles les gardent, mais qu'elles payent ceux qu'elles tiennent de leur caprice et non de la loi 2. » Ce discours, sensé au fond, se terminait par des invectives contre ceux-là même dont il défendait les droits. « Leur religion, disait l'orateur, est la contre-révolution et leur Dieu est au delà du Rhin. »

C'était par ces excès de langage qu'on essayait de faire passer une proposition équitable. Vaublanc fut plus conséquent que le préopinant. « Voulez-vous, dit-il, admettre une mesure vraiment

Page 1