DISCOURS DE GENSONNÉ
impolitique de donner la préférence à un culte quelconque, il suit de là que les cultes ne peuvent être Pobjet d'une loi. Séparez donc de ce qui concerne l'Etat tout ce qui concerne la religion; assimilez la manifestation des opinions religieuses à la manifestation de toutes les autres; assimilez les assemblées religieuses à toutes les autres réunions de citoyens ; que toutes les sectes aient la liberté de choisir un évêque ou un iman , un ministre ou un rabbin, comme les sociétés populaires ont la liberté d'élire dans leur sein un président et des secrétaires. Que la loi s'adresse toujours au citoyen et jamais au sectateur d'une religion quelconque ; enfin que l'existence civile et politique soit absolument indépendante de l'existence religieuse. » Ducos n'osait tirer toutes les conséquences de ces principes qui devaient le conduire à blâmer énergiquement la constitution civile du clergé et le serment imposé aux prêtres. Il s'efforça du moins de sauvegarder autant que possible la liberté religieuse en demandant que l'inscription des naissances et des mariages fût enlevée au clergé constitutionnel, et que la plus grande latitude fût laissée au culte insermenté. Il s'élevait contre toute mesure préventive. « C'est ce funeste prétexte de prévenir les délits, disait-il avec une haute raison, qui a dans tous les siècles favorisé la marche rapide du despotisme. » Il proposait enfin que le vœu des paroisses fût consulté pour la nomination aux charges ecclésiastiques et fût mis au-dessus des prescriptions étroites de la constitution civile du clergé. C'était en réalité demander l'abrogation de celle-ci K
Le discours capital dans ce débat fut prononcé par Gensonné. Il avait des titres tout particuliers à la confiance de l'Assemblée, car il avait parcouru les principaux centres de l'agitation religieuse et son rapport était la pièce importante au débat. Il était revenu convaincu qu'avec la tolérance, on apaiserait bientôt les esprits, tandis que la persécution transformerait promptement le schisme religieux en révolte ouverte. Les conclusions de son rapport étaient entièrement dans ce sens. Il ne les démentit pas