DISCOURS DE GENSONNÉ
à la tribune nationale. Rappelant avec une énergique concision les faits , dont il avait été témoin, il montra que les troubles religieux ne tenaient pas seulement aux intrigues du parti absolutiste mais encore aux fautes des amis trop ardents de la Révolution qui avaient eu le tort de traiter comme ennemis publics tous ceux qui par faiblesse, ou par erreur, ou par l'effet d'une conscience timorée étaient restés attachés à leurs anciens pasteurs. « C'est ainsi , disait-il , que dans la plupart des départements on a persécuté et tourmenté les peuples des campagnes ; c'est ainsi qu'on les a induits en erreur en mettant en opposition leur amour pour leur patrie avec leur amour pour les anciens dépositaires de leur confiance ; c'est ainsi que par une singulière méprise on a identifié l'amour de la Constitution avec l'adoption de tel ou tel système religieux. » 11 ressort de ces faits que la seule manière d'apaiser les esprits c'est de donner une pleine et entière liberté de religion. Et c'est à ce moment que l'on parle d'interner tous les prêtres non conformistes ? Que de telles violences se présentent naturellement à l'esprit d'un despote, cela se conçoit, mais il est étrange que les fondateurs de la liberté se familiarisent avec des mesures si arbitraires. « Non, s'écrie éloquemment Gensonné, vous ne le pouvez pas. » Puis il fait ressortir toutes les injustices et toutes les illégalités de la condamnation en bloc que Ton demande; elle frappe l'innocent avec le coupable, confond le pouvoir judiciaire et le pouvoir administratif, et rétablit une sorte d'inquisition des consciences ; elle n'aurait pour effet que d'enraciner plus profondément les opinions dissidentes. Quant aux considérations empruntées à la raison d'Etat et au salut public, Gensonné les flétrissait en rappelant que les plus grands crimes de la tyrannie, à commencer par la Saint-Barthélémy, n'avaient pas eu d'autre prétexte. « Profitons, disait-il, des erreurs de l'Assemblée nationale et des leçons de l'expérience, et séparons de la religion tout ce qui tientà l'ordre civil. » Il demandait en conséquence que l'on revînt à une pratique loyale et sérieuse de la déclaration des droits en ce qui concerne la liberté des cultes, qu'on réduisît à des fonctions uniquement religieuses les ministres