MAUVAISES NOUVELLES DES DÉPARTEMENTS
salariés par la nation et qu'on leur enlevât les registres publics, qu'on fit la part plus large au vœu des populations dans l'élection de leurs pasteurs et qu'en abolissant ce qui restait des corporations religieuses on confiât la garde de la liberté des cultes à toutes les administrations. « Rappelez-vous, disait l'orateur en finissant, que le respect pour la liberté individuelle est le plus sûr garant de la liberté publique et qu'on ne doit jamais cesser d'être juste, même envers ses ennemis *. » La Révolution eût encore pu être sauvée de l'anarchie si elle eût pris ces belles paroles pour devise. Ce jour-là néanmoins la victoire demeura au bon droit, car l'Assemblée après avoir voté l'impression du discours de Gensonné décida qu'un rapport lui serait fait dans les huit jours sur les propositions qu'il lui avait soumises. Ce vote était évidemment une adhésion éclatante aux grands principes que l'orateur girondin avait développés avec autant d'éloquence que de raison. Malheureusement il y avait dans cette adhésion plus d'entraînement que de conviction arrêtée, et les graves nouvelles qui arrivèrent coup sur coup des départements ramenèrent la majorité aux dispositions les plus hostiles et l'entraînèrent aux mesures les plus despotiques.
En effet, deux jours après le discours de Gensonné, un courrier extraordinaire apprenait à l'Assemblée que l'agitation religieuse s'était prononcée d'une manière inquiétante dans l'Anjou'2. Le directoire du département de Maine-et-Loire envoya à l'Assemblée un rapport qui incriminait violemment le clergé insermenté. Il portait que des rassemblements de quatre mille hommes s'étaient formés sur plusieurs points du département pour des pèlerinages et des processions nocturnes et qu'ils s'étaient armés de fusils, de piques et de faux, quand on avait voulu les dissiper. Déjà plusieurs engagements avaient eu lieu avec la garde nationale, et la fureur populaire s'était retournée contre les prêtres constitutionnels, exposés aux plus grands périls. Des églises, fermées par l'ordre de l'Assemblée, avaient été rouvertes de force, et des prêtres inser-