‹ L'église et la révolution françaiseChapitre 161 sur 373 · U MAUVAISES NOUVELLES DES DÉPARTEMENTS · texte numérisé non relu

U MAUVAISES NOUVELLES DES DÉPARTEMENTS

mentes y célébraient le culte malgré les interdictions de la loi. D'un jour à l'autre, le département pouvait être à feu et à sang. Ce rapport, duquel ressortait clairement que les populations n'avaient songé à s'armer qu'après avoir été violentées dans leurs droits religieux, causa autant de colères que d'alarmes dans l'Assemblée. Evidemment, le vent d'orage avait soufflé sur elle, et il poussait aux sévérités extrêmes. On en put juger de suite par les paroles emportées d'Isnard, qui s'écria que la modération avait tout perdu, que les systèmes de tolérance étaient bons pour les temps de calme, et qu'on ne doit pas avoir de tolérance pour ceux qui ne veulent pas tolérer les lois. « Il est temps, dit-il, que tout soit soumis à l'autorité de la nation, que tiares, diadèmes, encensoirs le cèdent enfin au sceptre des lois1. » Pendant que le rapport demandé s'élaborait, on apprit que Gaen avait été le théâtre de troubles sérieux, qu'on y avait vu des rassemblements d'anciens nobles et d'émigrés rentrés en France qui s'étaient entendus pour assister avec fracas aux services religieux célébrés dans les églises par les prêtres insermentés, en conformité avec le décret du 10 mai. De là des conflits fâcheux qui avaient motivé un arrêté de l'administration communale, ordonnant aux réfractaires de quitter leur ancienne paroisse. Cet arrêté fut bientôt suivi d'un second, qui interdisait à tous les insermentés de célébrer la messe dans les édifices consacrés au culte officiel. Il avait été motivé par des rixes où le sang avait coulé; il n'en était pas moins illégal puisqu'il était en opposition avec un décret non révoqué de l'Assemblée constituante2. Aussi les administrateurs du département s'étaient-ils refusés à contre-signer ce second arrêt, et ils avaient été approuvés par le ministre de l'intérieur. Il y avait là une nouvelle manifestation du grand conflit qui éclatait partout entre les législateurs de 4789 et ceux de 1791. L'Assemblée appartenait à ces derniers. Il s'en fallut de peu qu'elle ne décrétât d'accusation les accusés de Gaen devant la haute cour sans s'être fait communiquer les piècesdu procès. Isnardla poussait dans cette voie. Il ne parlait

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