‹ L'église et la révolution françaiseChapitre 164 sur 373 · INIQUE DÉCRET DU 29 N0VEMBEE · texte numérisé non relu

INIQUE DÉCRET DU 29 N0VEMBEE

ces reptiles. » Quand le langage s'empreint d'une telle violence à la tribune on peut dire que les massacres de rue ne sont pas éloignés. En vain la droite voulut ralentir la marche d'une délibération qui allait au pas de charge comme pour écraser l'ennemi, en demandant plusieurs fois l'appel nominal. Vergniaud dénonça ses membres comme des factieux et demanda que toute insistance de ce genre fût punie de quelques jours de prison à l'Abbaye. La discussion fut précipitée de manière à satisfaire les plus exigeants. L'extrême gauche voulait substituer la déportation à la prison pour éloigner de la bergerie les loups destructeurs. « Il faut, dit naïvement un membre, que ceux qui ont dit : Hors de l'Eglise point de salut, apprennent que hors de la société il n'y a ni pension, ni protection de la loi à espérer. » Le mot était profond et il révèle une fois de plus l'accord entre un certain catholicisme despotique et l'école de Rousseau. L'Assemblée pour le moment se contenta de la prison et sur les observations de Brissot et de Gensonné elle spécifia que pour être incarcéré il fallait avoir provoqué formellement et à dessein la désobéissance aux lois. C'était une heureuse amélioration. On n'osa pas adopter la seule partie raisonnable du projet de loi, celle qui abolissait le titre de la constitution civile du clergé. On maintint cette appellation après un discours larmoyant de Lamourette qui invoqua la parenté « entre ce livre philosophique qui s'appelle l'Evangile et la révolution. » Il demanda qu'on ne licenciât pas tout à coup la plus grande force qui eût garanti le nouveau régime, « cette armée plus puissante que les baïonnettes. » La France savait pourtant par une amère expérience confirmée tous les jours ce qu'il lui en avait coûté de constituer un clergé fonctionnaire. Sur la proposition de Lemontey, il fut décidé que les revenus des pensions ecclésiastiques confisquées formeraient une masse répartie entre les divers départements > pour être employée en travaux pour les indigents valides et en secours pour les indigents invalides. C'était oublier que la charité ne peut se séparer de la justice, et que l'on n'a pas le droit dtï faire l'aumône avec le bien d'autrui. La loi reçut son digne couronnement dans un article supplémentaire qui supprimait

Page 1