PROTESTATIONS DU CLERGÉ RÉFRACTAIRE
se figurer à quelles violences s'emportait en province la fureur révolutionnaire. A Langres et à la Rochelle , les religieuses furent frappées de verges; le même traitement fut infligé à quelques jeunes filles qui avaient suivi le culte proscrit, et le ministre de l'intérieur cita le cas d'un malheureux qui fut exhumé du cimetière et enterré en plein carrefour pour n'avoir pas voulu assister à la messe du clergé constitutionnel 2. Les officiers municipaux arrachaient parfois les enfants à leurs parents pour les faire baptiser par les prêtres assermentés , ou bien ils infligeaient des amendes aux parents qui n'avaient pas présenté leurs enfants dans l'église paroissiale.
Cette persécution ne rencontrait pas toujours des agneaux prêts à la subir docilement. Elle provoquait des résistances énergiques qui avaient peu à faire pour se transformer en guerre civile ouverte et elle était exploitée par l'émigration. Cependant avec des mesures prudentes et libérales on eût pu encore au commencement de l'année 1792 ramener le calme dans les esprits; il suffisait de la liberté des cultes franchement reconnue et sincèrement appliquée pour faire disparaître le conflit le plus grave entre le roi et l'Assemblée et pour pacifier les campagnes.
Dans un écrit intitulé : Nouveau compte rendu au Roi ! le clergé insermenté protesta contre toutes les accusations de rébellion dont on l'accablait. « Vous nous accusez d'être les auteurs de tous les genres de troubles qui agitent le royaume; vous nous accusez du défaut de payement des impôts, de la résistance des peuples à la libre circulation des grains ; vous nous accusez d'être d'intelligence avec l'ennemi de la patrie, d'appeler la guerre de tous nos vœux. Comment se fait-il que sur tant de prêtres accusés vous n'en ayez pu trouver un seul coupable? Et cependant certes la surveillance hostile de cinquante mille corps administratifs aidés de plus de dix mille clubs aurait bien suffi pour découvrir ces complots, s'ils existaient. Nous