‹ L'église et la révolution françaiseChapitre 180 sur 373 · RAPPORT DE FRANÇAIS DE NANTES · texte numérisé non relu

RAPPORT DE FRANÇAIS DE NANTES

contradiction étrange il compare à trente ou quarante mille leviers de contre-révolution. «Nous sommes arrivés, dit-il, au point où il faut que l'Etat soit écrasé par cette faction, ou que cette faction soit écrasée par l'Etat. » 11 réclame l'internement au chef-lieu des insermentés, l'interdiction pour eux du droit d'enseigner, de prêcher et de confesser, et la déportation en cas de résistance. En même temps il s'oppose à toute mesure répressive contre les clubs, qu'il représente comme la grande école de la liberté pour le peuple français. Français de Nantes formula les mêmes propositions dans un nouveau rapport présenté le 4 mai , plus ridicule et plus violent encore; on y lit des descriptions champêtres sur les campagnes désolées et des prosopopées comme celle-ci: «ORome! es-tu contente? Te faut-il encore de plus grands maux? Es-tu donc comme Saturne à qui il faut tous les soirs des holocaustes nouveaux? Reprends ta funeste milice. Partez, artisans de discorde, le sol de la liberté est fatigué de vous porter. Quelle fête pour la liberté que le jour de votre départ! quel soulagement pour la patrie, lorsqu'elle aura vomi de ses entrailles le poison qui la dévore? » L'orateur termine ce discours, destiné à proposer la proscription de toute une classe de citoyens, en demandant que l'on apporte le réchaud de Scévola afin qu'il puisse montrer son amour de la patrie et de la liberté. Il en eût donné une meilleure preuve si, au lieu d'offrir de brûler sa main, il ne s'en fût jamais servi pour écrire un pareil projet, qui allait aboutir à de trop réelles souffrances pour des milliers de prêtres.

Dans le débat qui s'ouvrit le 16 mai, la plupart des orateurs renchérirent sur le projet de décret. Lecointe-Puyraveaux insista pour que l'on prononçât la déportation de tous les insermentés indistinctement. Vergniaud se crut modéré en proposant que l'on continuât les pensions aux prêtres réfractaires qui consentiraient à s'exiler d'eux-mêmes et sans délai. Il trouva bon d'égayer la discussion par cette ironie bien peu généreuse en une telle circonstance : « Je ne doute point qu'en Italie ils ne soient accueillis comme de saints personnages que l'on persécute, et le pape ne pourra voir dans le présent que nous lui aurons fait de tant de

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