‹ L'église et la révolution françaiseChapitre 181 sur 373 · FAIBLESSE DE LA DROITE · texte numérisé non relu

FAIBLESSE DE LA DROITE

saints vivants, qu'un témoignage de notre reconnaissance pour les bras, les têtes et les reliques de saints morts dont il a gratifié pendant tant de siècles notre crédule piété. » L'ex-capucin Chabot se montrait disposé à abandonner la clause du serment, pourvu qu'on pût contraindre tout prêtre insermenté, sur la réquisition de vingt citoyens actifs, à prendre rengagement, de ne pas troubler la tranquillité publique. On laissa de côté la proposition d'abandonner le serment et on retint comme bonne celle de faire dépendre de la réquisition, ou plutôt de la dénonciation de vingt citoyens, l'internement au cheflieu des réfractaires. Le parti de la modération et de la liberté n'eut que deux défenseurs, Ramond qui réclama une fois de plus la tolérance universelle et la liberté de tous les cultes, et Moy, curé de Saint-Laurent, prêtre fort peu croyant, imbu d'idées philosophiques, mais qui eut l'honneur ce jour-là de flétrir hardiment la constitution civile du clergé et de la dénoncer comme la cause de tous les maux dont on souffrait: « Vous n'aurez rien fait pour la tranquillité publique, dit-il, si vous n'arrachez de vos lois ce chapitre de théocratie qui s'y trouve inséré, comme le mauvais principe à côté du principe bienfaisant. » Il demandait l'abrogation de tout serment. « Le meilleur moyen, ajoutait-il, d'éviter les troubles religieux, c'est de maintenir la liberté la plus entière des opinions religieuses et de rendre tous les cultes égaux aux yeux de la loi. » ïl indiquait nettement que l'abolition du salaire des cultes était la conséquence naturelle de sa motion. C'était encore une semence pour l'avenir, mais qui ne pouvait germer sur un sol déchiré par unelutte si formidable. Ramond et Moy furent combattus violemment le 24 mai par un prêtre obscur nommé Ichon, qui refusa le caractère d'un culte aux assemblées des insermentés et les assimila à des clubs réactionnaires. Le député Larivière vint lire à la tribune le fameux chapitre du contrat social, où la liberté des cultes est entièrement sacrifiée à la souveraineté populaire et où la croyance de l'Etat est déclarée exigible de chaque citoyen sous peine de mort. Un député plus naïf proposait que l'on convertît simplement ce chapitre en motion. A quoi bon ?

Page 1