VOTE DU DÉCRET DU 25 MAI
On. ne faisait pas autre chose depuis plus d'une année que de le commenter et de l'appliquer. Guadet emporta le vote par quelques paroles énergiques en faveur d'une motion qui décrétait la déportation de tout ecclésiastique dénoncé au département par vingt citoyens actifs, si l'avis du district était conforme; en cas contraire, une enquête devait être faite immédiatement. Il s'en fallut de peu que l'Assemblée ne décidât que nulle enquête et nul contrôle ne seraient nécessaires. Tel est le décret du 25 mai 1792 qui aggravait singulièrement celui du 29 novembre de Tannée précédente et qui allait poser de nouveau devant le roi la question du veto.
La guerre venait d'éclater aux frontières; ses débuts n'avaient pas été heureux et l'on s'en prenait à la cour que l'on soupçonnait d'être en pourparlers secrets avec l'étranger. L'Assemblée, dans la séance du 29 mai, enleva au roi sa garde d'honneur, puis elle ordonna la formation d'un camp de vingt mille hommes autour de Paris, véritable armée révolutionnaire qui faisait passer le pouvoir exécutif entre ses mains. Les ministres joignirent ce décret à celui sur la déportation des prêtres et les présentèrent ensemble à Louis XVI; il les rejeta l'un et l'autre. Alors Roland lui lut en plein conseil une lettre hautaine etimpérative. Il lui donnait des leçons sévères du ton le plus rogue, et il insistait avec âpreté sur la nécessité de sanctionner le décret contre les prêtres. « Si cette loi n'est mise en vigueur, disait le ministre, les départements seront forcés de lui substituer, comme ils font de toutes parts, des mesures violentes et le peuple irrité y suppléera par des excès. » Il était loisible à Roland de venir aux Tuileries avec des souliers sans boucles, mais non de régenter le roi en face. Le ministère fut dissous et Dumouriez ne put en reconstituer un autre devant le refus persistant du prince de sanctionner les deux décrets. Sans doute ses scrupules avaient été fortifiés par les Observations critiques sur la loi du 26 mai 1792, publiées par l'archevêque d'Aix. On y lisait ces belles paroles : « Quel est le crime de ces cinquante mille Français qu'on s'apprête à bannir? Celui de leur religion. Leur crime est de ne vouloir pas faire un parjure. Il s'agit ici de conscience. On ne lui commande
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pas1.» Roland une fois démis de ses fonctions fit lire sa lettre à l'Assemblée, et des félicitations el des regrets lui furent votés ainsi qu'à Servan et à Clavière.
Le nouveau ministère était composé de constitutionnels obscurs comme Chambonas et Duranton; ils étaient incapables de ramener l'opinion à la cause de la justice. Aussi ne firent-ils qu'exaspérer les passions révolutionnaires en couvrant de leur responsabilité le veto royal. Jamais un grand devoir public ne fut accompli avec tant d'impuissance.
Lafayette, effrayé et indigné de tout ce qui se préparait, écrivit de son camp une lettre éloquente à l'Assemblée où il dénonçait la conspiration des clubs et l'adjurait de respecter la royauté et la liberté religieuse. Applaudie d'abord , sa lettre n'en fut pas moins renvoyée au comité des douze sous prétexte qu'elle n'était pas authentique, au lieu d'être expédiée aux départements comme on l'avait demandé d'abord. — Elle obtint pour réponse la violation du palais du roi au 20 juin. L'émeute avait été préparée par la municipalité ; elle ne rencontra aucune résistance dans l'Assemblée, et la majesté royale fut odieusement profanée sans avoir été sérieusement défendue un instant. Le peuple, qui envahit les Tuileries, avoua hautement son dessein; c'est le veto que poursuivait sa rage. L'infortuné prince fut coiffé du bonnet rouge et couvert d'outrages pour avoir protégé la liberté des cultes. Lafayette, indigné, accourut à Paris ; entre les méfiances de la cour et la colère des jacobins il ne put rien combiner et il repartit pour son armée la mort dans l'âme. Le grand mouvement de 1789 était momentanément ruiné; la liberté était noyée dans une démagogie fiévreuse qui ne devait être grande qu'aux frontières, tandis que son écume bientôt ensanglantée se déversait à Paris et dans les départements. Déjà ses flots furieux avaient submergé les droits les plus précieux et ils battaient tous les jours comme une irrésistible marée le trône chancelant et déshonoré de Louis XVI.
C'est à ce moment que Vergniaud prononça contre le roi le