‹ L'église et la révolution françaiseChapitre 183 sur 373 · TERRIBLE DISCOURS DE VERGNIAUD CONTRE LE ROI · texte numérisé non relu

TERRIBLE DISCOURS DE VERGNIAUD CONTRE LE ROI

plus éloquent discours que la France eût entendu depuis Mirabeau. Malheureusement cette foudre allait frapper un adversaire abreuvé d'ignominie et presque écrasé. La seule excuse du grand orateur était dans le suprême péril de la nation, car l'invasion étrangère commençait sur une ligne de frontière très étendue et les girondins ne se trompaient pas en croyant à la complicité morale des Tuileries; mais aussi que n'avaient-ils pas fait pour pousser à bout un prince honnête, mais irrésolu, auquel ils avaient enlevé ses moyens de défense légitime, en foulant aux pieds ses droits constitutionnels et en violentant ouvertement sa conscience de chrétien. Vergniaud prit la parole à Foccasion du rapport de Pastoret, sur la situation de la France, qui avait été lu le 30 juin à FAssemblée ; Forateur y soutenait en langage modéré les décrets rendus sur les troubles religieux. L'illustre girondin ne suivit pas cet exemple ; il qualifia, en termes également sévères, Findulgence du roi pour le clergé réfractaire et ses connivences présumées avec l'étranger. « Je ne sais, dit-il, si le sombre génie de Médicis et du cardinal de Lorraine erre encore sous les voûtes du palais des Tuileries, si le cœur du roi est troublé par les terreurs religieuses dont on l'environne. Mais il n'est pas permis de croire sans lui faire injure qu'il veut encourager par l'impunité les tentatives criminelles de l'ambition pontificale, qu'il se refuse à l'adoption de mesures répressives contre le fanatisme, pour porter les citoyens à des excès que le désespoir inspire et que les lois condamnent. Le veto apposé sur votre décret a répandu, non cette morne stupeur sous laquelle l'esclave affaissé dévore ses pleurs en silence, mais ce sentiment de douleur généreuse qui, chez un peuple libre, éveille les passions et accroît leur énergie... Apprenez à la France que désormais les ministres répondront sur leurs têtes de tous les désordres dont la religion sera le prétexte1. » Matthieu Dumas répondit avec raison que ces désordres ne se produisaient que là où la liberté des cultes était entravée et que le plus sûr moyen de les prévenir c'était de suivre la po-

l. Séance du 3 juillet 1798. — Voir le deuxième volume des Souvenirs de Matthieu Dumas.

Page 1