LE 10 AOUT
grégation de Saint-Sulpice fut mis à mort pour avoir refusé le serment. L'abbé Noir, jeune prêtre de vingt-huit ans, résista aux larmes de son père en lui disant : « Il sera plus doux pour vous de voir un fils martyr qu'un enfant apostat, » et périt sous la hache. A Bordeaux, un ancien vicaire général du diocèse, jeté dans une prison obscure et malsaine, répétait avec bonheur ce passage des Actes des apôtres : « Ils sortaient du conseil, se réjouissant d'avoir été trouvés dignes de souffrir des outrages pour le nom de Jésus-Christ. » Il fut massacré dans la cour de révêché devenu le siège du département. On entendait un bon nombre des prêtres persécutés s'écrier : « Voici les beaux jours de l'Eglise! Voici le temps d'épreuve, de courage pour ses véritables enfants *. »
Le 20 juin devait forcément conduire au 10 août. Le baiser Lamourette ne procura pas un jour de trêve, après avoir paru sceller la réconciliation des partis. La suspension de Pétion par le roi pour sa complicité ou sa négligence lors de l'émeute de juin, les discussions provoquées par cet incident, sa réhabilitation triomphale, l'approche des armées étrangères, la proclamation du danger de la patrie , l'arrivée des conjurés marseillais, tout contribua à accroître chaque jour et presque à chaque heure la fureur révolutionnaire du peuple de Paris. On sait maintenant, grâce à des documents certains, que la municipalité de Paris, son maire en tête, prit l'initiative du 10 août 2. Cette terrible journée emporta du même coup la monarchie et la Gironde., car dès ce jour celle-ci cessa de tenir la tête du mouvement. Dès septembre la Montagne use de sa victoire avant même de prendre la peine de se former une majorité. Ceux qui avaient ouvert l'écluse étaient les premiers submergés, et submergés dans le sang de leurs ennemis qu'ils voulaient bien bannir mais non massacrer,
Il faut cependant mettre encore à leur charge le décret de proscription contre les prêtres que l'Assemblée législative se