DISTINCTION ENTRE LE HAUT ET LE BAS CLERGÉ
et très décidé, du moins dans les provinces du centre et de l'Est de la France, car l'Ouest et le Midi appartenaient aux passions religieuses du passé. Ce fut un abbé qui, lors de la convocation des Etats généraux, prononça la parole décisive qui devait trancher comme un glaive la question capitale de la représentation des divers ordres à la prochaine assemblée. La brochure de l'abbé Sieyès donna son expression la plus précise et la plus heureuse au sentiment public : c'était lui prêter des ailes et lui ajouter une force irrésistible de circulation et d'impulsion. L'abbé Gouttes publia des considérations Sur l'injustice des prétentions du clergé et de la noblesse, l'abbé Pacot des lettres Sur la liberté politique, et l'abbé Grégoire, qui devait jouer prochainement un si grand rôle, ses Lettres aux curés. On vit même poindre l'esprit révolutionnaire avec toutes ses exagérations dans l'opuscule d'un prêtre du diocèse d'AuxeT-re. intitulé : Le Gloria in excelsis du peuple, mais ce n'était qu'une exception. Tel était au point de vue spécial dont nous nous occupons l'état des esprits au moment où toutes les aspirations novatrices allaient se produire librement au grand jour, et ne rencontrer d'autre obstacle à leur réalisation que leurs rivalités et leurs contradictions. Il n'était pas possible de porter la main sur l'Etat sans la porter en même temps sur l'Eglise, tant ils étaient étroitement solidaires sous l'ancien régime. Aussi allons-nous voir la question de leurs relations se poser dès le début de la Révolution avec tous ses périls, mais pour marcher irrésistiblement à sa solution, de faute en faute, et aussi de progrès en progrès, car chaque faute reconnue, même après avoir été chèrement payée, contribue à dégager l'avenir.