ORGANISATION DU TRIBUNAL RÉVOLUTIONNAIRE
bien que Fempire a trouvé sous sa main le plus parfait mécanisme de despotisme tout monté. Yergniaud, trop tard éclairé, a admirablement défini le libéralisme de la Convention dans ces belles paroles : « On a vu se développer cet étrange système de liberté, d'après lequel on vous dit : Vous êtes libres, mais pensez comme nous sur telle ou telle question d'économie politique ou nous vous dénonçons aux vengeances du peuple. Vous êtes libres, mais courbez la tête devant l'idole que nous encensons ou nous vous dénonçons aux vengeances du peuple. Vous êtes libres, mais associez-vous à nous pour persécuter les hommes dont nous redoutons la probité et les lumières, ou nous vous dénoncerons aux vengeances du peuple. Alors, citoyens, il a été permis de craindre que la Révolution comme Saturne ne dévorât tous ses enfants et n'engendrât enfin le despotisme avec les calamités qui l'accompagnent. »
Avant de reprendre l'histoire de l'Eglise de France pendant ces années orageuses, rappelons rapidement les mesures générales qui furent arrêtées par la nouvelle assemblée pour écraser toute résistance. Après la mort du roi, au milieu des conflits redoutables que l'on prévoyait et que présageaient les luttes continuelles au sein de l'Assemblée entre la Gironde et la Montagne, l'établissement du tribunal révolutionnaire fut décrété le 9 mars 1793 en ces termes: « La Convention décrète l'établissement d'un tribunal extraordinaire, sans appel et sans recours au tribunal de cassation, pour le jugement de tous les traîtres, conspirateurs et contre-révolutionnaires. » Lanjuinais qualifiait ainsi cette mesure : « Décret affreux par les circonstances qui nous environnent, affreux par la violation de tous les principes des droits de l'homme, affreux par l'abominable irrégularité de la suppression d'appel en matière criminelle. » Le courageux député demandait qu'au moins cette calamité ne s'étendît qu'au département de la Seine. Il ne fut pas écouté, et la France entière fut couverte de ces terribles machines de proscription dont l'œuvre meurtrière se poursuivait sans entraves, car rien de plus dérisoire que ce jury trié et sordide qu'on avait encore accordé à grand'peine, et qui n'avait pas même la protection du huis clos pour ses délibérations. Le