LA MAJORITÉ HOSTILE A LA RELIGION
comité de salut public fut institué le 22 mai 1793 sur la demande d'Isnard, qui ne se doutait pas de la chute prochaine de son parti. Les girondins avaient été expulsés et proscrits le 2 juin, à la suite des émeutes successives qui avaient agité Paris. La Montagne fut désormais maîtresse de ce comité, qui assurait en ses mains la dictature, et par son appellation même excusait d'avance toutes les infractions aux lois. Avec ces deux formidables instruments, le comité de salut public et le tribunal révolutionnaire, la Convention pouvait écraser sans délai toute opposition de quelque nature qu'elle fût. Le clergé réfractaire était désigné d'avance aux proscripteurs, et devait être frappé le premier.
Les dispositions de la nouvelle assemblée à l'égard de la religion étaient en tout point semblables à celles de la Législative. Elle renfermait un bon nombre d'athées déclarés qui voulaient détruire tout ce qui rappelait les anciennes croyances. Quelques évêques constitutionnels, dont plusieurs devaient montrer la plus insigne lâcheté et apostasier avec éclat au jour du péril, quelques jansénistes laïques ou prêtres, représentaient seuls la foi chrétienne. Les disciples de Rousseau s'en tenaient à son déisme sentimental, qui s'associait parfaitement avec l'intolérance. Robespierre ne voulait pas de l'impiété dévergondée, et ne perdait pas une occasion de rendre hommage à l'Être suprême. Les girondins, sauf une ou deux exceptions, étaient les disciples fervents de la philosophie du dix-huitième siècle, et quelques-uns d'entre eux professaient une sorte d'exaltation irrévérencieuse contre toute religion positive. On se rappelle la déclaration d'Isnard, qu'il ne reconnaissait d'autre Dieu que la loi. Ces sentiments s'exprimèrent avec une certaine énergie dans un des premiers débats de la Convention. On discutait un projet de Lanthenas sur l'instruction publique, qui proposait la création d'écoles primaires gratuites dans toute La République. Durand Maillane, partisan très prononcé de la religion constitutionnelle, avait combattu l'article qui portait que renseignement devant être commun à tous les citoyens sans distinction de culte, tout ce qui concerne les cultes religieux ne serait enseigné que dans les temples.