‹ L'église et la révolution françaiseChapitre 194 sur 373 · PREMIÈRE MANIFESTATION DE CETTE HOSTILITÉ · texte numérisé non relu

PREMIÈRE MANIFESTATION DE CETTE HOSTILITÉ

Jacob Dupont, député du parti de la Gironde, lui répondit avec une grande vivacité, et professa une haine ardente contre le christianisme : « Quoi, dit-il, les trônes sont renversés, les sceptres brisés, les rois expirent et les autels des dieux restent encore debout ! Les trônes abattus laissent cependant ces autels à nu, sans appui et chancelants. Croyez-vous, citoyens législateurs, fonder et consolider la République française sur des autels autres que ceux de la patrie? La nature et la raison, voilà les dieux de rhomme. Voilà nos dieux.» Jacob Dupont n'avait pas besoin d'ajouter après cette déclaration qu'il était athée. Il conclut en demandant que l'on abolît aussi bien la tyrannie religieuse que la tyrannie politique, et que l'on fondât la vraie liberté sur la négation de tous les préjugés. Les Français, d'après lui, ne seraient vraiment libres que quand ils se seraient complètement affranchis du joug des prêtres et qu'ils sauraient mourir sans eux comme d'Alembert, qui n'avait eu besoin que de Condorcet pour lui fermer les yeux. Ce discours provoqua bien quelques murmures, mais il fut favorablement accueilli par la majorité de l'Assemblée K Ducos développa les mêmes opinions dans un langage plus modéré : «Le retour des préjugés, dit-il, voilà la véritable contre-révolution. Hâtez-vous de prévenir leur influence en donnant au peuple des écoles primaires. » Il entendait que l'enseignement religieux en fût totalement banni. L'un des motifs qu'il donna de cette exclusion était excellent, et pouvait très bien se concilier avec le respect de la religion. Il faisait remarquer que l'enseignement devant convenir également à tous les citoyens égaux en droit, l'intervention forcée d'un prêtre ne serait pas compatible avec cette parfaite égalité religieuse. A quoi bon ajouter une insulte à la religion en disant: «La première condition de l'instruction publique est de n'enseigner que des vérités : voilà l'arrêt d'exclusion des prêtres. Pour moi, je l'avoue, j'aimerais mieux leur abandonner les finances de la République que l'éducation des jeunes citoyens ; j'aimerais mieux ruiner le trésor public que de pervertir et corrompre l'esprit public. Je me rappelle encore

i. Séance du 14 décembre 1792.

Page 1