‹ L'église et la révolution françaiseChapitre 195 sur 373 · LE FEUPLE DE PARIS ENCORE ATTACHÉ A LA RELIGION · texte numérisé non relu

LE FEUPLE DE PARIS ENCORE ATTACHÉ A LA RELIGION

à leur sujet l'histoire de ce joueur de flûte ancien dont parle Plutarque, qu'on payait simple pour jouer et double pour se taire, car il jouait faux. » Telles étaient les dispositions de la Gironde à l'égard de la religion. On comprend dès lors qu'elle fit peu de cas de la liberté des cultes, et que ce fut le dernier des droits dont elle se préoccupa. Le clergé constitutionnel pouvait déjà prévoir qu'il ne serait pas longtemps à l'abri d'une protection aussi dédaigneuse. C'est bien décidément à la religion en elle-même que l'on en voulait.

L'Assemblée dépassait pourtant l'opinion du pays par de telles manifestations, non-seulement dans les provinces de l'Ouest et du Midi, mais même à Paris. Mobile et ardente, la classe ouvrière de cette grande cité passait de la haine contre le clergé à un attachement étrange pour les anciennes coutumes de la vie religieuse. Plusieurs sections réclamèrent avec énergie en décembre 1792 contre un arrêté de la commune qui avait interdit la célébration de la messe de minuit. On voit au travers du récit outrageant des Révolutions de Paris que le mouvement fut vraiment populaire, car il éclata surtout dans les quartiers les plus pauvres et il fut assez prononcé pour que les adversaires de la religion se crussent obligés de proposer une prime pour les citoyens qui n'auraient pas célébré la messe de minuit. La commune essaya d'abolir la fête des Rois, mais elle ne fit que provoquer un grand scandale. Des femmes voulurent pendre un homme qu'elles prirent pour Manuel. La fête de sainte Geneviève fut célébrée avec enthousiasme par une foule considérable de paysans et d'hommes du peuple. « La foule était si grande dans ce siècle de lumière, lit-on dans les Révolutions de Paris , que plus de mille personnes n'ont pu entrer dans l'église. » L'année suivante devait voir dans les mêmes lieux les saturnales du culte de la Raison ; mais l'opinion populaire, pour arriver à les supporter, avait besoin d'être surexcitée par les provocations les plus furieuses ou d'être contenue par la terreur. L'impiété descendait plutôt qu'elle ne montait. Aussi verrons-nous le culte catholique se rétablir avec une étonnante facilité dès qu'un peu de calme sera rendu au pays.

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