CONDAMNATION A MORT DE NOMBREUX RÉFRACT AIRES
gieuse des prêtres fanatiques. « On oublie, dit-il, que s'ils restent en France, une sédition contre-révolutionnaire pourrait à chaque instant les délivrer et lâcher au milieu de nous ces bêtes féroces. Le renvoi au comité de législation fut décidé, mais la mise k exécution du décret de transportation fut rendue impossible parla pénurie d'argent et par la guerre. Les prêtres réfractaires furent entassés surles pontons ou envoyésen masse à l'échafaud. A Lyon, Collot d'Herbois en fit condamner à mort en un seul jour cent vingt. Lebon à Arras versa leur sang à flots et ils figurèrent en grand nombre dans les noyades de Nantes. La révolutionne fut pas moins cruelle pour les religieuses. Celles de Compiègne avaient été enfermées dans la maison de Port-Royal ; elles firent cette belle réponse à leurs persécuteurs qui les accusaient de fanatisme : « Les fanatiques égorgent et tuent. Nous prions pour eux. — Vous serez déportées. — En quelque lieu que ce soit nous prierons. — Où voulez-vous être déportées? — Où il y a le plus de malheureux à consoler et il n'y en a nulle part autant qu'en France. — Quand on reste ici c'est pour mourir. — Nous mourrons. » Ces pieuses filles entonnèrent le Salve regina au pied de l'échafaud l. C'était un courage égal à celui des jeunes volontaires qui marchaient à la mort en chantant la Marseillaise. Des calamités aussi terribles exaltent la nature humaine et la rendent ou atroce ou sublime. Cette époque enfanta autant d'héroïsme que de crimes et l'héroïsme fut de tous les partis. Au reste, les simples fidèles rivalisèrent souvent de courage avec les prêtres ou les religieuses. Une assemblée de culte se tenait dans une grotte. On avait prévenu les assistants que les chants étaient entendus par les canonniers de la République. Le peuple dit simplement au prêtre : Ça ne fait rien, mon père, et le chant continua 2. Pour chanter un cantique dans de telles circonstances il fallait autant d'intrépidité que pour servir une pièce sous le feu de l'ennemi.
La Convention au temps de la Terreur eut rarement à s'occu-
1. Histoire du clergé de France sous la Révolution, II, p. 364.
2. Annales catholiques, rédigées par l'abbé Sicard, I, p. 132.