‹ L'église et la révolution françaiseChapitre 200 sur 373 · PROJETS DE CONDORCET ET DE ROBESPIERRE · texte numérisé non relu

PROJETS DE CONDORCET ET DE ROBESPIERRE

siasme pour le nom de Français, l'orateur demande qu'on lui substitue celui de Germain, bien plus compréhensif, puisqu'il désigne toute une famille de nations. « Je défie, ajouta-t-il, que vous connaissiez bien la nature de la sans-culotterie si vous admettez une nature divine ou plastique. Quiconque a la débilité de croire en Dieu ne saurait avoir la sagesse de croire au genre humain, le souverain unique. » Anacharsis Clootz proposait sérieusement que la Convention votât ce grand principe et déclarât que tout individu et toute commune qui l'admettrait, fussent reçus de droit dans la république des hommes, des Germains , des universels. Ce discours fut écouté sans rire. Ne nous en étonnons pas trop, nous avons vu de nos jours se reproduire cette religion de la France et cette apothéose de la vie purement terrestre avec une mysticité émue qui a surpassé l'orateur du genre humain.

Le projet de constitution de Condorcet ne survécut pas à la Gironde. Robespierre, dès le mois de mai, en avait esquissé un nouveau qui passait sous silence les garanties légales inscrites dans le premier plan, et divinisait non pas le genre humain tout entier, mais la multitude. Son discours exhalait d'un bout à l'autre la plus basse flatterie pour le peuple proclamé impeccable et infaillible. « Posez d'abord comme principe, disait-il, que le peuple est bon et que ses délégués sont corruptibles; que c'est dans la vertu et dans la souveraineté du peuple qu'il faut chercher un préservatif contre les vices et le despotisme du gouvernement. » La conséquence naturelle de ces maximes était la suppression du régime représentatif, ou ce qui revenait au même, son entière subordination aux assemblées primaires. Robespierre eût voulu que la représentation nationale délibérât devant le peuple entier. Il semblait cependant que les clameurs des tribunes eussent pu lui suffire. Son projet portait atteinte à toutes les libertés et tout d'abord à la propriété qui n'était plus que le pouvoir de posséder ce que la loi garantissait au citoyen. Ce beau plan, renvoyé le 30 mai au comité du salut public, qui s'était adjoint quelques membres supplémentaires, fut refondu et rédigé par lui en quelques jours, présenté le 10 juin, et décrété le 23. Si jamais constitution fut bâclée, c'est bien celle

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de 1793 ; elle ne fut d'ailleurs jamais appliquée. On a beaucoup relevé le caractère fraternel, social, humanitaire de la Constitution montagnarde, parce qu'on y a trouvé cette sensibilité prétentieuse qui n'a jamais mieux fleuri qu'au pied de l'échafaud. Cette conclusion a paru admirable : « La République française honore la loyauté, le courage, la vieillesse, la piété filiale, le malheur. Elle remet le dépôt de sa Constitution sous la garde de toutes les vertus.» Parmi ces vertus, brille au premier rang, pour les législateurs de 1793, la pratique du devoir sacré de l'insurrection. C'est au fond la seule chance laissée à la liberté; car si son nom est partout dans cette Constitution, nulle garantie sérieuse ne lui est donnée. Le citoyen n'est protégé efficacement et explicitement dans aucun de ses droits. Il est livré au despotisme d'une Assemblée souveraine qui n'a d'autre contrôle que les clubs de Paris. La Montagne prit soin d'effacer ou d'annuler toutes les clauses du premier projet qui pouvaient donner quelque action politique aux départements ; les décrets de l'Assemblée législative étaient soustraits à l'examen des assemblées primaires, et le pouvoir exécutif était nommé par la représentation nationale sur une liste formée par un corps électoral spécial. Tous les pouvoirs étaient entre ses mains. L'instrument de tyrannie était parfait.

Si dans ces deux projets de constitution nous considérons l'article qui concerne la liberté des cultes, il est aussi explicite dans la rédaction de Hérault de Séchelles que dans celle de Condorcet. Mais les débats qu'il provoqua montrent combien on était peu soucieux de cette première des libertés, aussi bien dans le camp girondin que dans le camp montagnard. Dans la séance du 19 avril 1793, un membre inconnu demanda la suppression de l'article par lequel Condorcet avait formulé le droit de la conscience, en se fondant sur ce que la liberté intérieure de la religion ne saurait jamais être supprimée, tandis que la pratique du culte serait infailliblement en opposition avec l'esprit général d'un temps qui n'aura bientôt d'autre culte que celui de la liberté et de la morale publique. Vergniaud appuya la motion; à l'en croire, les temps de l'intolérance étaient à jamais passés. Il pensait donc

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