‹ L'église et la révolution françaiseChapitre 201 sur 373 · DISCUSSION SUR LA LIBERTÉ DES CULTES · texte numérisé non relu

DISCUSSION SUR LA LIBERTÉ DES CULTES

qu'il était inutile de conserver les débris de fers brisés dans le grand mouvement national. L/argument était étrange au moment où la persécution sévissait avec fureur sur toute la surface du pays. Danton reproduisit le même argument, mais il n'en dissimula pas la portée, car il tonna contre la superstition, et poussa ouvertement à de nouvelles persécutions. ïl donna une preuve pour le moins étrange du progrès des lumières en fait de liberté religieuse. « Partout, dit-il, le peuple dégagé des impulsions de la malveillance, reconnaît que quiconque veut s'interposer entre lui et la Divinité est un imposteur. Partout on a demandé la déportation des prêtres fanatiques et rebelles. » On persécute les prêtres, donc la liberté religieuse est conquise. Ce sophisme incroyable est du goût de la France; car nous l'avons vu sans cesse reparaître. Malgré quelques réclamations, l'article fut retiré ou plutôt ajourné, pour être introduit non plus dans la déclaration des droits, mais dans la Constitution.

La même discussion fut soulevée le 48 juin, lors de la discussion du projet présenté par le comité du salut public. Fonfrède et Barrère demandèrent que l'on consacrât formellement la liberté des cultes au frontispice de la Constitution, par la raison qu'elle diffère de la simple liberté des opinions, et qu'il ne suffit pas de consacrer la première. Barrère invoqua l'exemple des treize Etats de l'Amérique du Nord. Robespierre combattit énergiquement la motion. «Je crains, dit-il, que les conspirateurs ne tirent de l'article constitutionnel qui consacre la liberté des cultes, le moyen d'anéantir la liberté publique ; je crains que des hommes qui voudraient former des assemblées contre-révolutionnaires, ne les déguisent sous des formes religieuses. Voilà sous quel masque hypocrite des conspirateurs pourraient frapper la liberté ! » En tous cas ces conspirateurs ne pourront, quoi qu'ils fassent, la frapper d'une manière plus mortelle et plus perfide que l'austère tribun qui, lui aussi, porte un masque hypocrite. Il réussit à faire voter la simple liberté des opinions. La liberté des cultes parvint à passer dans le projet définitif sans discussion nouvelle. On comprend ce que valait cette insertion au moment où l'homme qui l'avait combattue était tout-puissant en France.

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