‹ L'église et la révolution françaiseChapitre 202 sur 373 · PREMIÈRE PROPOSITION D'ABOLIR LE SALAIRE DES CULTES · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PROPOSITION D'ABOLIR LE SALAIRE DES CULTES

Quelques mois auparavant une proposition bien plus hardie et qui eût coupé court aux principales difficultés du moment, si elle avait été exécutée avec toutes ses conséquences, avait été repousse par Robespierre. Cambon, dès le 16 novembre 1792, présenta au comité des finances un décret d'après lequel le soin serait laissé à chaque secte religieuse de payer les ministres de son culte. Il ne faisait que reproduire une idée souvent émise à l'Assemblée législative. La simple nouvelle de cette motion répandit de vives alarmes dans les départements; les commissaires de la Convention envoyés à Chartres pour y arrêter un mouvement insurrectionnel, reconnurent que la proposition de Cambon avait contribué à soulever le peuple ; l'effervescence de la foule avait été telle que leur vie avait été en danger *. L'un des commissaires s'exprima ainsi : « Si la simple motion de supprimer le salaire des prêtres cause tant d'effervescence, qu'on juge des troubles qu'occasionnerait un pareil décret! » Danton appuya la réclamation : « On a dit qu'il ne fallait pas que les prêtres fussent salariés par le trésor public. On s'est appuyé sur des idées philosophiques qui me sont chères, car je ne connais d'autre Dieu que celui de l'univers, d'autre culte que le culte de la justice et de la liberté; mais l'homme maltraité de la fortune cherche des jouissances éventuelles; il croit que dans une autre vie ses jouissances se multiplieront en proportion de ses privations dans celle-ci. Quand vous aurez eu pendant quelque temps des aperçus de morale qui auront fait pénétrer la lumière auprès des chaumières, alors il sera bon de parler au peuple morale et philosophie. Mais jusque-là il est barbare, c'est un crime de lèse-nation de vouloir ôter au peuple des hommes dans lesquels il peut trouver encore quelques consolations. Je penserais donc qu'il serait utile que la Convention fît une adresse pour persuader au peuple qu'elle ne veut rien détruire, mais tout perfectionner; que si elle poursuit le fanatisme, c'est parce qu'elle veut la liberté des opinions religieuses. » Danton se trompait gravement en s'imaginant que la mesure proposée par

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