ROBESPIERRE DÉFEND LE SALAIRE DES CULTES PAR L'ÉTAT
(Jambon aboutirait à une destruction prématurée du christianisme. Si elle eût été accompagnée du respect sincère de la liberté des opinions, elle eût tout sauvé. Aux Jacobins la proposition de Cambon ne rencontra pas plus d'assentiment qu'à la Convention. Bazire en signala le péril au moment où allait commencer le jugement du roi. Cambon fut traité d'économiste de boutique et Bazire s'écria : « Apprenez que chez un peuple superstitieux une loi sur la superstition est un crime d'Etat. » Robespierre développa son opinion avec le plus grand soin dans le n,J VII de ses Lettres à ses commettants ; ce morceau est certainement l'un des meilleurs sortis de sa plume, parce qu'aucun n'a été écrit avec plus de conviction. La séparation de l'Eglise et de l'Etat sera toujours un scandale pour les disciples conséquents de l'école de Rousseau. Robespierre commence par élever la question ; il ne s'agit pas de parler d'économie là où de grands principes sont engagés et où les premiers intérêts de la Révolution sont en cause. Le défenseur du salaire des cultes ne veut pas qu'on se trompe sur ses motifs et il exprime sans détour son propre dédain pour ces vaines superstitions dont il veut cependant confier l'entretien à l'Etat. « Je n'aime pas plus qu'un autre, dit-il, le pouvoir des prêtres; c'est une chaîne de plus donnée à l'humanité, mais c'est une chaîne invisible, attachée aux esprits, et la raison seule peut la rompre. Le législateur peut aider la raison, mais non la suppléer ni la devancer. » Jetant un rapide coup d'oeil sur l'état moral du pays. Robespierre se réjouit des progrès de la saine philosophie : «Ceux même qui, en dehors de la contre-révolution, sont attachés au christianisme, s'en tiennent aux dogmes imposants qui prêtent un appui aux idées morales et à la doctrine de la vertu et de l'égalité que le fils de Marie enseigna jadis à ses concitoyens. » Ainsi la France n'est pas loin de cette religion sans mystère, de ce culte raisonnable de l'Etre suprême qui était l'idéal de Rousseau. La superstition se mêle encore à ces grandes idées, mais elle a son bon côté, car elle leur donne plus de popularité. « Ne dédaignez pas de vous rappeler avec quelle sagesse les plus grands législateurs de l'antiquité, ceux qui fondèrent