‹ L'église et la révolution françaiseChapitre 21 sur 373 · OUVERTURE DES ÉTATS GÉNÉRAUX · texte numérisé non relu

OUVERTURE DES ÉTATS GÉNÉRAUX

trompée. Si l'été ne répond pas au printemps, cela n'empêche pas le printemps d'avoir eu sa sève bouillante. Sans ce que vous appelez des illusions, rien n'eût été entrepris, aucun résultat n'eût été obtenu. S'il y a encore aujourd'hui d'invincibles résistances à l'aplatissement général, d'incurables regrets et de généreuses aspirations, c'est qu'il reste encore quelque chose des illusions de 1789. Elles demeurent après tout l'idéal qui plane sur notre histoire. Du jour où cet idéal aurait disparu, on pourrait dire pour l'Europe moderne : Le Bas-Empire est fait.

Le clergé subit fortement l'ascendant de cet enthousiasme universel. L'évêquede Nancy, qui prêchait le sermon d'inauguration des Etats généraux dans l'église Saint-Louis, à Versailles, répondit si bien aux sentiments qui remplissaient les cœurs, que, malgré la solennité du lieu et de la circonstance, il fut interrompu par des applaudissements. Cependant, dès ce premier jour, on eût pu se convaincre des profonds dissentiments qui couvaient dans les cœurs ; il suffisait d'ouvrir les cahiers des divers ordres. Ce n'est pas qu'il n'y eût un accord complet sur plusieurs points très importants, tels que l'égale répartition de l'impôt, la régularité de la convocation des Etats généraux et la réforme des abus inhérents au régime féodal. Les cahiers du clergé se distinguent par leur libéralisme, dans tout ce qui ne concerne pas les privilèges de l'Eglise. «Il s'y montre, dit M. de Tocqueville, aussi ennemi du despotisme, aussi favorable à la liberté civile, et aussi amoureux de la liberté politique que le tiers état ou la noblesse; il proclame que la liberté individuelle doit être garantie, non point par des promesses, mais par une procédure analogue à celle de Yhabeas corpus. Il demande la destruction des prisons d'Etat, l'abolition des tribunaux exceptionnels, la publicité de tous les débats, l'inamovibilité de tous les juges, l'admissibilité de tous les citoyens aux emplois, lesquels ne doivent être ouverts qu'au seul mérite, un recrutement militaire moins oppressif et moins humiliant pour le peuple, et dont personne ne sera exempt, le rachat des droits seigneuriaux, qui, sortis du régime féodal, dit-il, sont contraires à la liberté; la liberté illimitée du travail, la destruction des douanes intérieures,

Page 1