‹ L'église et la révolution françaiseChapitre 217 sur 373 · ORGANISATION DU CULTE DE LA RAISON · texte numérisé non relu

ORGANISATION DU CULTE DE LA RAISON

objets de valeur qui avaient servi au cuite. Il fut décidé qu'on organiserait un dépôt à la maison commune. Un comité fut chargé de recevoir et de classer les dépouilles de la superstition. Les porteurs de ces richesses profitaient en général de l'occasion pour faire un discours. « Denys de Syracuse , disait l'orateur de la commune de Sens, ôta à Jupiter son manteau d'or, sous prétexte qu'il était trop froid en hiver et trop chaud en été; nous avons aussi ôté à nos saints et à leurs ministres des vêtements splendides qui sans doute les importunaient. » L'orateur de la commune de Saint-Denis-sur-Seine apporta en guise de dons patriotiques la prétendue tête du saint et se crut obligé de déclarer qu'il n'avait été nullement tenté de baiser cette relique puante. Il continua en ces termes non moins élégants : «Ce crâne et ces guenilles sacrées qui l'accompagnent vont enfin cesser d'être le ridicule objet de la vénération du peuple. L'or et l'argent qui les enveloppent vont contribuer à affermir l'empire de la raison et de la liberté. » Le succès était grand pour le Père Duchêne. Son argot était parlé en pleine Convention.

Les protestants de Paris se crurent obligés de suivre le mouvement ; deux d'entre eux au nom de leurs coreligionnaires déposèrent à la commune de Paris les coupes d'argent qui servaient à l'administration du baptême et de la sainte cène. «Tous les rangs confondus, dit l'orateur, buvaient dans ces coupes l'égalité et la fraternité; mon ministère a toujours eu pour objet d'en propager les principes. Honte à tous les échafaudages de mensonge et de puérilités que l'ignorance et la mauvaise foi ont décorés du nom fastueux de théologie. » Le président répondit que si une religion pouvait être conservée, ce serait bien celle qui consacre le mieux les principes de l'égalité, mais la raison domine et les hommes ne doivent connaître d'autre culte que celui de !a liberté et de l'égalité. Ainsi nulle équivoque n'était possible, l'acte des protestants était bien accepté comme un désaveu. Les juifs ne voulurent pas rester en arrière, ils firent aussi leur offrande. Il y eut émulation de lâcheté.

Les apostasies étaient le premier acte de la comédie inventée par la commune de Paris. Il fallait passer au second. Ce n'était

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