ORGANISATION DU CULTE DE LA RAISON
pas assez d'avoir abattu les anciennes idoles ; il fallait inaugurer avec éclat un nouveau culte, celui de la raison et de la nature, et trouver le moyen d'amuser le peuple si on ne voulait pas qu'il retournât à ce qu'il avait vomi. L'ex-évêque Lindet avait demandé le jour même des abjurations qu'on s'occupât de remplacer les fêtes religieuses par les fêtes civiques. On avait confié au poëte Chénier le soin de comoler le vide qu'allait laisser la chute de l'ancien culte, mais on devait bientôt s'apercevoir que ce n'était pas avec des fleurs de rhétorique ou des strophes académiques qu'on y parviendrait. La section de Bonne-Nouvelle avait décidé que les jours de décade il y aurait un prône patriotique sur la morale et la Constitution , mais c'était un délassement décidément insuffisant pour un peuple amoureux de spectacle. La commune décida depréparer une grande pompe théâtrale qui parlât aux yeux et séduisît l'imagination. L'opéra fut mis en réquisition et fournit une vestale pour représenter la déesse Raison et animer quelque peu cette religion du néant. C'est à Notre-Dame que la commune fit élever les tréteaux où devait s'accomplir cette ridicule profanation. Le temple de la philosophie s'élevait dans le chœur de la cathédrale. Il était orné des effigies des sages ; un simulacre de montagne portait ce sanctuaire étriqué. Le flambeau de la vérité brûlait sur un rocher. Des jeunes filles en blanc et couronnées de feuilles de chêne entouraient un siège de verdure destiné à la déesse Raison , et chantaient en son honneur l'hymne glacial composé par Chénier. Il commençait ainsi :
Descends, ô Liberté! fille de la nature... Le p3uple a reconquis son pouvoir immortel. Sur les pompeux débris de l'antique imposture Ses mains relèvent ton autel.
Pauvre lyrisme pour inaugurer une religion nouvelle ! « C'est aujourd'hui, disait Momoro dans le Journal de Paris, que l'on peut dire que le jour du repos a tué le dimanche. Il vient de recevoir le coup de mort dans le ci-devant archimétropolitain, actuellement le temple de la Raison. » La Convention n'ayant pu