SATURNALES IMPIES
se rendre à Notre-Dame fut honorée le soir de la visite de la déesse. On répéta les cérémonies du matin. Le président donna l'accolade à la déesse Raison. On s'attendrit, on chanta, on fut odieux et ridicule. Il ne resta de ce jour que le souvenir d'une stupide parodie qui vengeait à elle seule la religion sainte que Ton avait voulu fouler aux pieds. C'est en vain que pour ranimer la ferveur on remplaça à Paris et dans les départements les actrices par les prostituées. L'ennui et le dégoût frappèrent le nouveau culte dès ses débuts. On essaya de l'égayer par la débauche. L'église de Saint-Eustache fut transformée en un vaste cabaret. D'anciens prêtres dansaient la carmagnole avec des courtisanes autour de grands feux où brûlaient missels et livres saints, chapes et reliques. Ce délire fut propagé comme une sorte de danse macabre sur tous les points du pays. A Lyon un âne fut promené processionnellement revêtu des ornements sacerdotaux. Le 22 novembre les mêmes mascarades qui avaient déshonoré la Convention quelques jours plus tôt s'y répétèrent. Des sapeurs et des canonniers précédaient la procession en costumes pontificaux. Ils étaient suivis d'une foule immense d'hommes du peuple rangés sur deux rangs, couverts de chapes et de chasubles de velours doré. On portait sur des brancards des ciboires et des châsses entourées de pierreries. Des instruments guerriers exécutaient les airs nationaux. Un drapeau agité aux sons mélodieux de l'air très connu de Malborough est mort et enterré indiquait la disparition du fanatisme tandis que la carmagnole dansée avec vi vaci té annonçait le triomphe du culte nouveau . A ce beau spectacle le président s'écria que la députation avait en un instant fait entrer dans le néant dix-huit siècles d'erreur. Un jeune enfant présenta son hommage à l'assemblée et fut comblé de félicitations pour avoir récité la déclaration des droits. On lui vota le premier catéchisme républicain qui serait composé. Cet accès de sensibilité pour ce pauvre petit perroquet de l'athéisme achève de peindre cette scène ridicule. La commune essaya d'exploiter l'enthousiasme populaire pour Marat. « Plusieurs sections de Paris, dit Hébert à la tribune des Jacobins, s'empressent à rendre hommage à la cendre de l'ami du peuple.