MESURES PERSÉCUTRICES
elle de conduire les convois. Un poteau devait être porté devant le corbillard avec cette inscription : a L'homme juste ne meurt jamais. Il vit dans la mémoire de ses concitoyens. » La section de la maison commune se plaint de ce que des dévots et des fanatiques se rassemblent autour des bénitiers. Elle demande au conseil général de faire cesser un pareil scandale et d'enlever à ces imbéciles l'espoir de la résurrection du fanatisme. La commune décida que la force armée serait chargée d'empêcher ces rassemblements. Ce n'était pas encore assez; il fallait une mesure générale qui abolît entièrement la liberté religieuse et élevât le culte de la Raison au rang de religion d'Etat oppressive. Pour jeter le plus outrageant défi au sentiment religieux la commune avait fait porter à la Monnaie la chape de Sainte-Geneviève, la patronne chérie de Paris, et décrété la destruction de toutes les statues de saints qui entouraient les églises. Les deux portails de Notre-Dame ne furent sauvés de la mutilation que parce que Dupuis voulut bien y reconnaître le système planétaire par lequel il expliquait l'origine des cultes. Tl fut décidé que les clochers seraient abattus, par la raison que leur élévation au-dessus des autres édifices contrariait les principes de l'égalité. La motion d'un vertueux citoyen qui demanda l'incarcération de tous les prêtres comme suspects fut accueillie avec faveur dans la même séance et renvoyée à l'administration de la police. La section des Quinze-Vingts avait demandé de consacrer l'église Saint-Antoine à la Liberté et d'y élever un autel sur lequel brûlerait un feu perpétuel. C'est ainsi que les pratiques du paganisme asiatique tendaient à reparaître le lendemain du jour où l'on avait aboli la superstition. Le conseil de la commune prit occasion de cette demande pour arrêter qu'aucun signe matériel ne serait élevé dans aucun temple. Dans la séance du 26 novembre le même conseil osa frapper d'interdiction tout culte autre que celui de la Raison. Chaumette dénonça , dans son réquisitoire la coalition des filles de joie et des prêtres qui s'étaient montrés également exaspérés contre la Révolution. Il peignit en vives couleurs les périls que les prêtres faisaient courir à la République : « Ils sont capables de tous les crimes, dit-il, et se servent du poison ;