PROSCRIPTION ABSOLUE DE LA RELIGION
ils feront des miracles, si vous n'y prenez garde... Je requiers en conséquence que le conseil déclare qu'il est à sa connaissance que le peuple de Paris est mûr pour la Raison et que s'il existe dans Paris quelque mouvement en faveur du fanatisme, tous les prêtres soient incarcérés, attendu que le peuple de Paris a déclaré qu'il ne reconnaissait plus d'autre culte que celui de la Raison. » Ce beau discours eut pour conclusion l'arrêté suivant : « 1° Toutes les églises ou temples de toutes les religions et de tous les cultes, qui ont existé à Paris, seront sur-le-champ fermés; 2° tous les ministres ou prêtres, de quelque culte que ce soit, demeureront personnellement responsables de tous les troubles dont la source viendrait d'opinions religieuses; 3° celui qui demandera l'ouverture, soit d'un temple, soit d'une église sera arrêté comme suspect ; 4° les comités révolutionnaires seront invités à surveiller de très près tousses prêtres; 5° il sera fait une pétition à la Convention pour l'inviter à porter un décret qui exclue les prêtres de toute espèce de fonction publique ainsi que de tout emploi dans les manufactures d'armes. » Un membre du conseil, qui trouvait que l'arrêté n'était pas encore assez sévère, avait ajouté au dernier article ces mots ainsi que de tout métier quelconque ; c'était littéralement condamner les prêtres, à mourir de faim. Chaumette fit rétablir le texte primitif qui était bien suffisant . Voilà pourtant l'homme que M. Michelet ose nous présenter comme l'un des initiateurs de la religion de l'avenir et de la vraie liberté religieuse1. Il ne suffit pas d'être sorti «de la sainte boue de Paris » pour être un grand serviteur de la liberté. L'arrêté réclamé par ce grand démagogue qui devait chanter la palinodie quelques jours plus tard demeure pour lui une tache indélébile. Il est vrai que c'était un grand impie, mais cette gloire incontestable ne suffit pas à sa réhabilitation. Ce mauvais scribe à cheveux plats n'était qu'un misérable copiste des Louvois et des Basville au service de Diderot.
La commune de Paris, grâce à ce fameux arrêté du 26 novembre, était arrivée au sommet de Son Capitole, pour employer
t. Michelet, Histoire de la Révolution, VII, y. 258.
284 ROBESPIERRE s'ATTAQUE A LA COMMUNE.
une image favorite du temps. La roche Tarpéienne n'était pas loin. Robespierre avait juré sa ruine et il se sentait appuyé non-seulement par les jacobins , ses fidèles séides, mais encore par la Convention qui commençait à être jalouse de ce pouvoir populaire qui tranchait du dictateur. Nous avons déjà dit pour quels motifs il était l'ennemi juré de Chaumette et de Hébert. Tout en eux le repoussait; leur popularité croissante irritait son caractère envieux, leur athéisme blessait ses idées favorites, leur folie inquiétait son sens politique et avec sa mise correcte et pédante il ne pouvait qu'avoir en mépris leurs mascarades dévergondées.
La lutte éclata aux Jacobins dans la séance du 1er frimaire. Hébert et Momoro, inquiets de la sourde opposition de Robespierre, essayèrent de faire tomber le coup qui les menaçait sur les prêtres et sur la princesse Elisabeth. Robespierre commença par déclarer que le danger de la République ne venait pas à cette heure des prêtres ou des restes impurs de la race du tyran. 11 témoigna un grand dédain pour la sainte princesse, qu'il osa appeler la méprisable sœur de Capet. Ce mot est un stigmate ineffaçable pour le lâche tribun, et il arrache un cri d'indignation même à ses plus fervents apologistes. Passant aux prêtres il constate avec satisfaction l'empressement d'un grand nombre d'entre eux à abdiquer leurs titres pour les échanger contre ceux d'administrateurs et même de présidents des sociétés populaires. « Craignez, dit-il, non pas leur fanatisme, mais leur ambition, non pas l'habit qu'ils portent, mais la peau nouvelle dont ils se sont revêtus. » Le fanatisme offre moins de périls à la République que la violence qui le réveille. « Le fanatisme est un animal féroce et capricieux, il fuyait devant la raison ; poursuivez-le avec de grands cris, il retournera sur ses pas. » Robespierre n'osait blâmer le mouvement populaire qui avait poussé à l'abandon de l'ancien culte et à la spoliation des églises, mais il s'attaquait à ceux qui l'exploitaient et dont le grand tort à ses yeux était de chercher à contre-balancer sa popularité. « De quel droit, disait-il, l'aristocratie et l'hypocrisie viendraient-elles mêler leur influence à celle du civisme et de la vertu ? De quel