‹ L'église et la révolution françaiseChapitre 23 sur 373 · LES CAHIERS DU CLERGÉ · texte numérisé non relu

LES CAHIERS DU CLERGÉ

semblées où prédomine la haute aristocratie, ils insistent sur le droit divin, mais ils revendiquent le droit du peuple partout où les curés ont été en majorité.

Le haut clergé lui-même est divisé. Tandis qu'Alexandre de Marbœuf. archevêque de Lyon, dans son mandement de carême de 1789, ne parle que de l'anarchie et de la subversion prépaie» s par les idées nouvelles, Thémines, évêque de Blois, offre la moitié de son revenu à la patrie et l'archevêque de Bordeaux prêche aux grands les sacrifices, aux sujets la modération et à tous la concorde1. Mais ce libéralisme ne va pas jusqu'à reconnaître la liberté de conscience. Les cahiers du tiers état et un bon nombre de ceux de la noblesse réclamaient ouvertement la consécration de la tolérance sans oser encore demander l'abandon d'une religion nationale ; le clergé insiste sur la nécessité de maintenir en France la religion catholique comme religion d'Etat; il demande qu'on arrête la publication de tout écrit antireligieux. Il avoue sans détour qu'il a besoin de se réformer à bien des égards, mais c'est à la condition qu'on lui conservera toutes ses prérogatives. Il veut qu'on s'occupe activement de l'instruction et de l'éducation de la jeunesse; mais la majorité de ses cahiers vote pour qu'elle soit confiée à l'Eglise. Enfin tout, en admettant la nécessité de rétablir la discipline et de modifier l'organisation des ordres monastiques, il réclame leur maintien. Certes, la distance était grande entre de telles vues et celles qui étaient formulées sur les mêmes points dans les cahiers du tiers. La force de l'opinion publique était telle, à ce que rapporte Bailly dans ses Mémoires, que dans la réunion pour choisir les électeurs de Paris, on entendait de toute part ce cri : « Point de clergé, point de clergé!» On ne voulait pas supprimer l'état mais l'ordre ecclésiastique 2. Le cahier rédigé par la députation de Paris manifeste cette profonde dissidence. Tout en admettant que la religion catholique est la religion dominante en France, on y déclare nettement que la religion s'établit par la persua-

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