LEUR IMPIÉTÉ
et du 1er prairial, alors qu'un peuple encore plus ameuté qu'affamé, viola la représentation nationale sous prétexte de disette et rencontra dans Boissy d'Anglas l'image calme et sublime de l'inflexible loi. Trop souvent aussi la réaction thermidorienne ne fut qu'un reflux terrible de la marée révolutionnaire. C'est ce qui arriva dans le Midi, où les vengeances du parti dit modéré égalèrent presque les crimes de la Terreur.
En ce qui concerne la question religieuse, les événements de thermidor n'amenèrent pas un changement bien prompt. La persécution ne fut plus aussi atroce ; elle cessa du moins d'être sanglante , mais aucune des lois de proscription ne fut retirée et elles subsistèrent, même quand la liberté eut été rendue au culte, liberté incomplète et précaire suspendue au moindre soupçon. C'est que l'opinion publique n'était pas ramenée à la religion. La réaction thermidorienne était tout imbue de la philosophie matérialiste du dix-huitième siècle ; frivole, ardente au plaisir , elle était bien plus pressée de rouvrir les salles de danse et les théâtres que les temples. On croyait accomplir un acte éminemment réparateur en inaugurant le fameux bal des victimes et en vouant à l'exécration la mémoire de Robespierre. Tout en dansant à l'honneur des morts on se souciait fort peu de quelques pauvres prêtres emprisonnés ou déportés au nom de ces mêmes mesures de salut public qui avaient fait couler tant de sang. Madame Tallien étalant sa facile beauté à une loge d'opéra, en costume classique et léger, semblait le symbole de la liberté reconquise ; elle personnifiait assez bien ce libéralisme élégant et vain, sans principe et sans sérieux, qui cherchait sa garantie dans l'extravagance du costume et sa satisfaction dans une licence effrénée, sûr moyen de ramener le pays énervé au despotisme. C'est encore aux frontières qu'il faut chercher l'héroïsme et la vraie grandeur. N'eût été son incomparable armée et ses jeunes généraux, la Révolution eût promptement glissé du sang dans la boue. La guerre la purifiait et la sauvait en attendant de la perdre. C'est cependant à cette période , si triste à l'intérieur , où tout semblait conspirer contre le réveil de la pensée religieuse, que le culte chrétien sous