‹ L'église et la révolution françaiseChapitre 239 sur 373 · SOUFFRANCES PES PRÊTRES SUR LES PONTONS · texte numérisé non relu

SOUFFRANCES PES PRÊTRES SUR LES PONTONS

heureux captifs1; leurs souffrances , vraiment intolérables, se prolongèrent pendant plus d'une année après thermidor. Les prêtres jureurs paraissent avoir été indistinctement confondus avec les réfractaires. Le convoi dont ces infortunés faisaient partie fut dirigé vers Rochefort en février 1794. Leur voyage fut une longue torture. Il se poursuivit au milieu des huées et des menaces d'un peuple ameuté. On insultait à leur malheur par d'infâmes parodies. A Limoges on fit passer devant eux une procession d'ânes vêtus de vêtements pontificaux en tête de laquelle marchait un porc mitre. Ils couchaient tantôt dans une hôtellerie, tantôt dans une prison, toujours dans des locaux insuffisants, sur de simples matelas. A Rochefort les prêtres condamnés furent entassés avec les galériens, partageant leur infamie mais non leur nourriture, car ils n'obtenaient pas même le nécessaire. Avant de les conduire aux pontons, on les dépouilla de presque tout ce qu'ils possédaient et surtout de tout ce qui appartenait à la vie religieuse. Un flacon contenant de saintes huiles fut sauvé à grand'peine. Ils ne purent conserver qu'un Evangile qu'ils cachèrent sous une poutre et un bréviaire qu'ils se passaient tour à tour dans le plus grand secret. Les matelots ayant découvert un Christ d'ivoire le décapitèrent. Ils semblent avoir été choisis parmi les plus fougueux révolutionnaires. Ils chantaient avant chaque repas la Marseillaise en guise de benedicite. L'épreuve la plus pénible pour ces malheureux prêtres était l'interdiction sévère de tout acte religieux. On les empêchait de se mettre à genoux et s'ils avaient l'air de remuer les lèvres pour prier, on les jetait aux fers. Leurs implacables persécuteurs avaient trouvé le moyen de dépouiller jusqu'à leur indigence. Un jour ils leur avaient annoncé une prompte délivrance afin de s'emparer de leurs valises. Les officiers du bord leur infligeaient des corvées d'autant plus dures qu'ils avaient perdu toute force et qu'ils ne pouvaient les réparer, la nourriture étant aussi répugnante que rare. Ils passaient la nuit dans des réduits sans

1. Voir dans les Mémoires sur les prisons la relation sur les prêtres déportés en 1794 dans l'île d'Aix.

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