CAMBON PROPOSE D'ABOLIR LE SALAIRE DES CULTES
la vraie solution fut entrevue à l'Assemblée et au dehors ; nous avons cité l'admirable lettre d'André Chénier qui demandait l'entière séparation de l'Eglise et de l'Etat. Le pays, en proie aux convulsions de la guerre civile, n'était pas mûr pour écouter la voix de la sagesse. Les impérieux tribuns, qui voulaient s'emparer à tout prix du pouvoir pour imposer leur foi politique à la nation, étaient fort peu disposés à diminuer la part de l'Etat, au moment où ils allaient avoir entre leurs mains toutes les ressources de l'administration. Cependant cette même idée reparut jusque dans la Convention; elle fut même portée à la tribune par Cambon, mais nous avons vu Robespierre l'écarter avec le sûr instinct du despotisme révolutionnaire et soutenir le système contraire au nom de la raison d'Etat. Qui sait ce que le pontife de l'Etre suprême eût obtenu de la Convention s'il eût triomphé en thermidor? Il eût peut-être réalisé le rêve de Rousseau et donné à son pâle déisme le trésor public pour appui et l'échafaud pour sanction. Après thermidor, il suffisait qu'il eût défendu le régime du salaire des cultes pour que l'Assemblée fût très disposée à le rejeter. C'est ce qu'elle fit peu de semaines après sa mort, le 20 septembre 1794, presque sans discussion, sur une simple motion de Cambon. Il eût semblé qu'une délibération solennelle eût dû précéder une pareille mesure, si grave en elle-même, si considérable par les effets qu'elle pouvait produire, puisqu'elle ramenait la Révolution dans la voie du plus pur libéralisme et faisait triompher pour la première fois en France la vraie notion de l'Etat. Sérieusement appliquée, elle donnait de suite la paix religieuse et frappait de mort les funestes théories du Contrat social qui avaient causé déjà tant de mal à la Révolution. Il est impossible d'exagérer l'importance d'un pareil décret. Cependant il fut voté aussitôt que proposé après un discours de Cambon qui roulait uniquement sur les finances. C'est que la question avait été résolue dans les faits avant de l'être dans les principes. L'Eglise constitutionnelle avait perdu tousses privilèges dans la tourmente révolutionnaire; elle n'était plus un service public. Des pensions avaient été assurées aux prêtres qui renieraient leurs croyances. Un trop grand nombre