MOTION DE BOISSY D'ANGLAS
tervenir, une fois qu'il avait assuré Tordre public et le respect de la loi. La Convention était encore trop irritée contre les prêtres insermentés pour mettre fin aux persécutions , et le nonsalaire des cultes fut adopté sans que leur liberté fut proclamée.
Le discours de Grégoire, malgré son échec apparent, prépara le retour à des idées plus saines. Il n'empêcha pas la Convention de voter le 18 nivôse an III (6 janvier 1795) un décret très sévère contre les prêtres insermentés qui ordonnait de poursuivre selon la rigueur des lois ceux qui étaient rentrés en France. La cause si noblement défendue par l'évêque de Blois trouva un avocat plus heureux quelques mois plus tard, et qui avait d'autant plus de chance d'être écouté d'une assemblée française au dix-huitième siècle qu'au lieu de parler en chrétien il s'exprimait en philosophe dédaigneux. Boissy d'Anglas n'en était pas moins fermement décidé à réclamer le droit de la conscience en formulant de nouveau le grand principe de la séparation de l'Eglise et de l'Etat. Il faisait ainsi disparaître l'inconséquence choquante qui déparait le décret sur la suppression du budget des cultes. Le 3 ventôse de l'an III (21 février 1795) Boissy d'Anglas porta sa fameuse motion à la tribune de la Convention au nom des comités de salut public, de sûreté générale et de législation réunis , auxquels, à plusieurs reprises, des propositions relatives aux cultes avaient été renvoyées. Les rapports des commissaires de la Convention dans les départements rendaient urgente une mesure propre à pacifier les esprits. Boissy d'Anglas reçut autant d'applaudissements dans l'Assemblée que Grégoire y avait recueilli de marques bruyantes de désapprobation. Et cependant il soutenait le même principe de droit public, mais il mit un soin particulier à se le faire pardonner en prodiguant les insultes au christianisme. A l'entendre, la religion n'avait pas été moins funeste dans le présent que dans le passé; elle avait, depuis la Révolution, provoqué la guerre civile en Vendée et déchaîné partout les plus lamentables discordes; c'est au sang qu'elle avait versé qu'on suivait ses traces dans l'histoire. L'orateur montrait clairement qu'il était bien éloigné de demander la liberté de conscience dans l'intérêt de la religion. Il la traitait de