‹ L'église et la révolution françaiseChapitre 244 sur 373 · IL RÉCLAME LA LIBERTÉ DES CULTES · texte numérisé non relu

IL RÉCLAME LA LIBERTÉ DES CULTES

chimère destinée à disparaître devant la philosophie. La vaste organisation de l'instruction publique ébauchée par la Convention, en portant la lumière dans tous les rangs, devait bientôt renverser ces vains restes d'un temps d'esclavage intellectuel. « Bientôt la religion de Socrate, de Marc-Aurèle et de Gicéron sera la religion du monde. » Le plus sûr moyen de retarder ce triomphe serait d'employer d'autres armes que celles de la raison pour dissiper ces vieilles erreurs. Il est donc bien entendu que Boissy d'Ànglas demande la liberté de conscience non pas en faveur de la religion mais contre elle et dans l'espoir d'en finir plus vite avec elle. C'était malheureusement le plus insinuant des exordes dans la Convention. L'orateur avait beau accabler de ses mépris la pensée religieuse; il n'en était pas moins certain qu'il venait reconnaître son invincible puissance, puisque ce qui l'amenait à la tribune, c'était précisément la nécessité de compter avec elle, après qu'on avait cru l'abattre par la violence. Une fois la part faite aux mauvaises passions révolutionnaires qu'il ne partageait que trop lui-même à cette époque, Boissy d'Anglas établit avec une grande force au point de vue politique le principe de la liberté des cultes en lui donnant pour garantie l'entière séparation de l'Eglise et de l'Etat. Il rappela sans ménagement l'erreur, fatale en ce point, de la Constituante de 1789. « L'instant était arrivé pour elle d'affranchir le corps politique de l'influence de la religion ; elle devait décréter que chaque citoyen pourrait se livrer aux pratiques que demande le culte qu'il professe, mais que l'Etat n'en supporterait point les frais, que les cultes n'auraient entre eux aucune sorte de préférence. Au lieu de détruire elle voulait créer; organiser au lieu d'abolir. Elle ordonna pour la religion un établissement pompeux et dispendieux. » Ainsi naquit le schisme qui divisa si profondément la France. « Ce qui avait été élevé par la faiblesse et l'impuissance fut renversé presque aussitôt par la démence et la fureur. Cet établissement sacerdotal fut abattu avec le scandale d'une orgie avec les fureurs du fanatisme lui-même. » Boissy d'Anglas peigni en vives couleurs la récente persécution religieuse, d'autant plus coupable qu'elle avait éclaté dans la France régénérée ; il l'accusa

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