‹ L'église et la révolution françaiseChapitre 250 sur 373 · DÉCRET DU 18 FRUCTIDOR AN III CONTRE LES PRÊTRES · texte numérisé non relu

DÉCRET DU 18 FRUCTIDOR AN III CONTRE LES PRÊTRES

n'aurait trouvé chez eux que des partisans. L'esprit vendéen est un républicanisme dévot1. » Ce qui était vrai delà Vendée Tétait delà France entière. Malheureusement ses gouvernants croyaient servir la Révolution en lui sacrifiant à toute occasion la plus sainte des libertés et ils ne voyaient pas qu'ils la rendaient haïssable et illégitime,

Le rapport demandé par Chénier, sur les mesures à prendre contre les prêtres réfractaires, fut présenté par lui-même au nom des comités de salut public, de sûreté générale et de législation réunis, dans la séance du 1er mai 1795. Il se défendit de vouloir mettre en cause la religion elle-même. « Quand une opinion religieuse, dit-il, devient un prétexte de violer la loi, ce n'est pas l'opinion religieuse que le législateur doit punir, c'est la loi violée qu'il doit venger. » A l'entendre, les prêtres réfractaires auraient envahi la France depuis le décret du 3 ventôse, se posant en martyrs et semant partout le royalisme et la trahison, poussant à la révolte et parfois à l'assassinat comme à Lyon. Par ces motifs, le rapporteur proposait de faire juger tout émigré trouvé sur le territoire de la République, selon la rigueur des lois. Quant aux prêtres rentrés en France, après avoir été condamnés à la déportation , ils étaient tenus de quitter le pays dans l'espace d'un mois sous peine d'être assimilés aux émigrés. Sur la proposition de La Reveillière-Lepaux et malgré l'observation de Merlin de Douai , qu'il fallait prendre bien garde de faire une nouvelle Vendée, on étendit cet article aux prêtres condamnés à la déportation qui n'avaient pas franchi la frontière. La vraie portée de ce décret fut clairement indiquée par ces paroles du député Berlier : « La Convention ne souffrira pas que l'Etat soit déchiré parles schismes des sectaires d'une religion quelconque.» La Révolution voulait donc à sa manière imposer l'unité religieuse et c'était bien une opinion qu'elle poursuivait.

La peine de l'exil perpétuel fut définitivement prononcée pour les prêtres condamnés à la déportation dans le décret du 18 fructidor. Trois jours après la publication de cet arrêt, tout prêtre

1. Paroles de Lamennais à M. Carnot fils, Mémoires sur Carnot, II, p. 455.

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