PROJET DE REMPLACER LE CULTE PAR DES FÊTES CIVIQUES
En choisissant un autre jour que le dimanche pour les fêtes nationales destinées à opérer une si grande œuvre, elle affichait ouvertement la prétention de supplanter le christianisme. C'est du reste ce que Chénier déclara sans détours dans son rapport présenté le 1er nivôse de Tan III (26 décembre 1794). « Tous les préjugés, dit-il, tendent à détruire la liberté, et les plus redoutables sont ceux qui sont fondés sur les idées mystiques. » Le rapporteur désignait clairement par ces mots les croyances religieuses. Il se demande comment il est possible de les détruire. Ce n'est pas par la violence, car on peut tuer les hommes, on ne saurait tuer l'opinion. Le meilleur moyen d'opposer une digue aux préjugés qui renaissent est d'inaugurer de grandes fêtes nationales qui seront comme les pompes du culte républicain. Quelques jours plus tard (séance du 9 nivôse) , le représentant Glauzel presse le comité d'instruction publique de hâter son travail, « afin de ruiner l'influence du fanatisme renaissant. « Lequinio, écrivant à la Convention, de Joinville où il est en mission, termine par ces mots une lettre pleine d'accusations déclamatoires contre le réveil de l'esprit religieux : « Il faut un remède qui fasse une cure radicale : il n'est que dans l'instruction publique, et les fêtes décadaires en offrent une branche d'autant plus importante que l'instruction s'y prendra sous la forme du plaisir. Ne perdez pas un moment pour les organiser l. »
Le 23 nivôse,Eschassériaux aîné, déposant un projet élaboré par lui, pousse plus loin encore la franchise. Il s'agit bien d'imprimer aux esprits, aux mœurs et aux habitudes de la nation une trempe nouvelle; « Prenez-y garde, dit-il, plus la superstition que vous remplacez par des fêtes civiques avait su par ses prestiges s'emparer de l'âme et des sens, plus vous devez donner à vos fêtes ces impressions et ces vraies émotions, qui, en rappelant toute l'énergie des sentiments les plus chers, achèvent de détruire les dangereuses illusions du fanatisme. » L'orateur ne veut pas que l'on entrave les cultes existants, mais il espère qu'ils tomberont
l, Séance du 14 pluviôse de l'an III.