HONTEUX RÉGIME DU DIRECTOIRE
sions populaires ou gouvernementales ; le pays allait être ballotté des insurrections aux coups d'Etat, jusqu'à ce qu'un coup d'Etat mieux combiné que les autres , donnât à ces crises honteuses la solution qu'elles méritaient. L'hypocrisie républicaine mêlée de violence caractérise cette triste époque. Pour trouver une sincérité complète en dehors des prêtres proscrits qui souffrent pour leur foi, il faut descendre jusqu'aux basses régions où avec Babeuf et ses complices, la fureur démagogique hurle comme une bête fauve affamée. Les jacobins s'échauffent à froid dans leurs réunions et répètent leurs vieux discours d'avant thermidor, dans l'unique désir de ressaisir le pouvoir et de l'exploiter. Le Directoire compte deux honnêtes gens : Carnot et Barthélémy, mais il fera bientôt disparaître cette anomalie; Barras, qui unissait en sa personne les vices de l'aristocratie et les avidités insatiables de la démagogie, en demeurera l'homme influent, Rewbell en sera le politique et la Reveillière- Lepaux tranchera de Fapôtre au nom de sa ridicule et intolérante théophilanthropie. On peut imaginer ce que deviendra le gouvernement aux mains de tels hommes, entourés comme tous les puissants de la valetaille courtisanesque qui ne trouve pas de meilleur moyen de les flatter que d'exagérer leurs défauts. A l'intérieur ils n'eurent qu'une politique, l'arbitraire. Ils ne s'arrêtent que devant la guillotine dont la France ne veut plus décidément, mais ils sont aussi audacieux dans leur mépris de toutes les garanties légales, que le comité de salut public aux plus mauvais jours de la Terreur. A l'extérieur, un tel gouvernement sera sans bonne foi, sans modération et souverainement inhabile dans l'art de négocier, car il se montrera très disposé à traiter les congrès comme il traite les assemblées législatives. Heureusement il aura la chance de découvrir le plus grand capitaine des temps modernes, mais le Directoire ne pourra compter sur l'épée de Bonaparte, que jusqu'au jour où celui-ci aura amassé assez de gloire pour se dispenser de son contrôle et se jouer de ses ordres contradictoires. Les Français, sous le commandement de l'incomparable général, manifestent les merveilleuses aptitudes de leur race pour la guerre de conquête, vivement