HONTEUX RÉGIME DU DIRECTOIRE
et habilement conduite, mais tous ces triomphes ne les relèvent pas de l'abjection où" ils sont tombés dans la vie civile. Sauf de rares exceptions , il ne se forme pas de grand citoyen dans ces armées devant lesquelles l'Europe recule. Au contraire , la plupart des généraux qui s'y illustrent en reviennent avec le mépris du droit , prêts à trahir la République comme Pichegru ou à Fopprimer comme Augereau , en se faisant les policiers dociles d'un pouvoir avili. Le jeune héros, sur lequel se fixent tous les regards et qui a tous les prestiges, manifeste déjà dans ses rapports avec les partis ou dans ses négociations avec les princes cette absence totale de conviction , ce dédain du droit , cette habileté profonde qui recourt à la modération par calcul comme elle recourra à la violence dès qu'elle deviendra utile, enfin toutes ces qualités de force et de souplesse qui le font tout ensemble si cher et si funeste à la France. Ne s'est-il pas peint tout entier dans ces mots confidentiels sur le coup d'Etat de fructidor : « La fermeté aurait suffi ; la force quand on ne peut faire autrement; mais quand on est le maître, la justice vaut mieux. » Non, la gloire militaire, lot naturel d'une race brillante et énergique et qui doit aussi honorer la défense de la liberté, ne donne à elle seule aucune des vraies grandeurs d'un peuple libre. On put espérer un moment que l'opinion modérée et libérale qui avait envoyé de nombreux représentants aux deux conseils et qui prévalut les années suivantes, toutes les fois que le scrutin fut respecté, relèverait quelque peu le pays. Malheureusement plusieurs de ses chefs avaient trop d'arrière-pensées et quelquesuns conspiraient contre la République. Elle fut d'ailleurs promptement écrasée et elle servit plutôt à aiguillonner les mauvaises tendances du pouvoir exécutif qu'à les arrêter.
Ce fut précisément sur la question religieuse qu'eut lieu le choc le plus violent entre le parti modéré et la majorité du Directoire fortement appuyée dans les deux conseils. Tous ceux qui ne voulaient pas maintenir le pays en état de révolution, soit par fanatisme incurable, soit pour jeter leurs filets dans ces eaux troubles, aspiraient avant tout à la paix des consciences. Le culte s'était rétabli sur tous les points du pays, et on avait pu