Voir le Moniteur du G juin 17s(j
préparer un coup d'Etat. Bailly, président des communes, répondit très habilement aux orateurs du premier ordre : « Le vœu le plus ardent des représentants du peuple, dit-il, est de venir à son secours. L'arrêté du clergé les autorise à croire que cet ordre partage leur impatience à cet égard, et qu'il ne se refusera pas plus longtemps à une réunion, sans laquelle les malheurs publics ne pourraient qu'augmenter. » Ainsi battu sur tous les terrains où il s'était placé, le haut clergé, qui était en intelligence avec la cour, poussa ouvertement au coup d'Etat; il en avait d'autant plus besoin, que la minorité devenait pressante. Après la clôture des conférences de conciliation tenues entre les commissaires des trois ordres et les commissaires royaux, les partisans de la réunion avec le tiers avaient fini par obtenir la majorité, et avaient décidé qu'ils agiraient conformément à leurs vues au premier jour; déjà plusieurs curés les avaient devancés aux applaudissements de l'Assemblée. La séance royale eut lieu le 23 juin; l'Assemblée nationale, selon la parole de Sieyès, demeura après la séance ce qu'elle était auparavant, c'est-à-dire souveraine; il n'en était pas de même de la royauté, vaincue dès le premier choc, et affaiblie de toute la puissance qu'elle avait réclamée et qu'elle n'avait pas retrouvée. La hère réponse de Mirabeau annonçait que le droit nouveau était plus fort que le droit ancien. On peut voir par la déclaration des intentions du roi, lue à la fameuse séance, dans quelle faible mesure le haut clergé comptait s'associer à la réforme des abus. Il n'était question dans le programme royal que de l'égalité des impôts et du rachat de quelques droits féodaux. L'Eglise devait conserver tous ses privilèges, posséder le monopole du culte, et ne rien céder de ses prérogatives essentielles. Le roi assurait l'avenir en imposant la séparation des ordres par un coup d'autorité qu'il ne savait pas devoir retentir dans le vide. Ce coup d'autorité fut le coup de désespoir du haut clergé et de la partie de la noblesse étrangère au souffle nouveau. En vain les deux ordres se réunirent solennellement pour adhérer à la déclaration royale, l'Assemblée nationale en maintenant son droit assura son ascendant. Déjà la nouvelle majorité du
clergé, conduite par l'archevêque de Vienne, avait pris séance, ainsi qu'une fraction importante de la noblesse. L'émeute commençait à apporter son dangereux appui aux communes. Le roi céda, et les deux ordres durent, sur son commandement formel, se réunir à l'Assemblée nationale. Les opposants du clergé essayèrent de sauvegarder au moins l'avenir en protestant contre ce qui était à leurs yeux le renversement des bases de la société française. Cette protestation, faite par l'archevêque d'Aix, alla mourir impuissante, au pied de la tribune, sous le coup de cette énergique parole de Mirabeau : « Nul ne peut rester membre de l'Assemblée nationale s'il n'en reconnaît la souveraineté; et l'Assemblée elle-même ne peut pas délibérer en présence de quiconque se croit le droit de protester contre ses délibérations i. » C'en était donc fait de la hiérarchie du passé ; il ne restait debout que la souveraineté d'une assemblée. Le droit historique était renversé par terre; il l'était trop peut-être, mais il l'était sans appel. La Révolution était consommée, car elle ne pouvait rien faire de plus hardi, du moins dans sa première période, que ce qu'elle venait de faire en quelques jours. En ce qui concerne l'Eglise de France, elle n'était plus une société à part dans l'Etat, ce n'était plus de son bon plaisir qu'allait dépendre sa réorganisation. De même que toutes les autres institutions du passé, elle allait tomber sous l'appréciation et la critique des représentants de la nation tout entière. Il était à craindre que ce contrôle ne dépassât la juste mesure, et que par suite de l'inextricable confusion du temporel et du spirituel on ne se heurtât promptement à la conscience religieuse, alors même que l'on ne songerait qu'à réformer un abus politique. C'était là le grave péril de la situation telle que l'avaient faite les passions opposées qui allaient se donner carrière dans de brûlants débats dont nous aurons à mesurer la portée et à apprécier le résultat.
II semblait que l'Assemblée nationale une fois constituée n'a-