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RÔLE DE L'EMEUTE DANS LA RÉVOLUTION

vait plus qu'à entreprendre sa grande œuvre constitutionnelle. Mais il fallait avant tout qu'elle assurât son existence qu'elle savait menacée. C'est alors qu'intervint un nouveau pouvoir, irréguliei et violent, dangereux , même quand il sauve la liberté, parce qu'il s'arroge tout droit sur elle le lendemain de son triomphe ; pouvoir dont les veto impérieux devaient bien plus entraver l'indépendance des assemblées délibérantes que les veto de la monarchie. Ce pouvoir, c'était l'émeute. Nous sommes loin de blâmer tout soulèvement populaire, il en est de sublimes qui ont sauvé l'indépendance de la patrie, mais dans l'état d'ignorance où les masses étaient plongées à la fin du dix-huitième siècle et où elles languissaient encore, ces explosions du sentiment public avaient le caractère de forces sauvages et indisciplinées. Les classes instruites soufflent le feu d'une indignation souvent légitime dans ces cœurs rudes et simples servis par des bras robustes. Elles s'imaginent que le peuple soulevé s'arrêtera au point précis où elles s'arrêtent elles-mêmes. Mais il n'en est rien. Quand le souffle de la tempête a passé sur ces grandes vagues humaines, le libéralisme intelligent dont il émane est impuissant pour leur dire : Jusqu'ici et pas plus loin. Le flot obscur pousse le flot, les rivages sont emportés et les initiateurs du mouvement sont les premiers à le maudire, car ils sont submergés. Ils feraient mieux de se plaindre d'eux-mêmes. A qui la faute si ces forces généreuses qu'ils ont soulevées sont aveugles? Ne portentils pas le châtiment de leur oubli dédaigneux de ce peuple dont ils ne se sont souvenus qu'au jour où ils avaient besoin de son audacieuse résistance? S'ils l'avaient instruit, aimé, associé à leurs idées, ils ne le trouveraient pas moins courageux, mais il agirait comme une force morale qui sait se contenir, seul moyen de fonder et de conserver la liberté. La démagogie finira toujours par noyer dans ses eaux tumultueuses le libéralisme modéré, tant que celui-ci ne sera pas assez sage pour s'occuper fraternellement du peuple aux jours paisibles. Ce sera le juste châtiment de son insouciant égoïsme. Telle est la grande leçon qui se dégage des orageux débuts de la Révolution française. Certes, quand les troupes étrangères campaient à Versailles prêtes à

38 DISPOSITIONS FAVORABLES VI PEl'PLE POUR LA RELIGION.

fermer brutalement le parlement national, on avait raison de s'appuyer sur le peuple de Paris; mais ce même peuple qui avait sauvé son parlement devait plus tard le contraindre et l'opprimer. Pour avoir voulu en faire leur instrument et rien de plus, les classes libérales devaient finir par se plier à ses impétueuses volontés en intronisant le despotisme de la rue, qui est après tout le pire de tous, et qui d'ailleurs ramène l'autre. On applaudit au peuple qui prend et renverse la Bastille. C'est le même cependant qui entourera la guillotine sur la place de la Révolution.

Nous verrons que l'émeute n'exerça jamais un plus impérieux ascendant que lorsque la question religieuse fut posée devant la représentation nationale.

Ce n'est pas qu'au début le peuple de Paris fût mal disposé pour la religion. Dans la formidable émeute du 14 juillet il se porta, il est vrai, sur la maison de Saint-Lazare. Toutefois ce n'est pas à l'établissement religieux qu'il en voulait, mais à la prison qui y était annexée. Il confondait dans sa haine de l'arbitraire une prison politique comme la Bastille et une maison de correction très nécessaire aux bonnes mœurs. Les sœurs de charité de Saint-Lazare furent respectées et protégées. Les passions irréligieuses étaient si peu soulevées à cette époque, qu'après sa grande victoire du 44 juillet le peuple de Paris mit la révolution naissante sous la protection de sainte Geneviève. On fit une procession solennelle pour rendre grâce à Dieu de la prise de la Bastille. Les combattants avec leurs femmes et leurs filles portaient des ex-voto et des bouquets à la patronne de Paris. On vit les citoyens du faubourg Saint-Antoine se rendre à l'église précédés do jeunes filles en blanc et d'un nombreux clergé. On céléhra pieusement l'office funèbre pour les citoyens morts à la Bastille. Ces dispositions changèrent promptement, mais elles montrent qu'au début de la Révolution, l'impiété qui devait être si funeste à la liberté n'avait pas pénétré dans les masses.

La date du 4 août demeure à jamais glorieuse dans nos annales. Nos pères donnèrent un des plus beaux spectacles qui se puissent contempler, celui d'un de ces entraînements généreux qui formés sur les hauteurs de l'être humain, mêlent dans un irré-

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