‹ L'église et la révolution françaiseChapitre 261 sur 373 · LE DIRECTOIRE ENNEMI JURÉ DE LA LIBERTÉ DES CULTES · texte numérisé non relu

LE DIRECTOIRE ENNEMI JURÉ DE LA LIBERTÉ DES CULTES

reconnaître combien le sentiment religieux est indestructible. Il suffisait du plus simple bon sens pour comprendre que la meilleure politique consistait à abandonner la religion à ellemême et à revenir sur les lois de colère quPavaient allumé la guerre civile et dont la suspension avaient si promptement apaisé la Vendée. La Convention, en abrogeant la constitution civile du clergé et en proclamant la séparation de l'Eglise et de FEtat j avait fait disparaître l'obstacle le plus insurmontable à des mesures vraiment réparatrices. Tl n'y avait qu'à les appliquer avec largeur et qu'à les compléter en révoquant son dernier décret contre les prêtres insermentés. Si l'on pensait que le moment n'était pas venu d'abolir toute espèce de serment, il était facile de trouver une formule qui impliquât l'obéissance aux lois sans empiéter sur les convictions religieuses. Il n'y avait aucun moyen plus sûr de rallier au nouveau gouvernement les populations de l'Ouest et du Midi et de déjouer toutes les intrigues de l'émigration, qui n'avait pas de meilleure carte dans son jeu que l'intolérance républicaine. Tels étaient les sentiments qui animaient le nouveau tiers des conseils et que partageait la fraction modérée des conventionnels réélus ; ils avaient toute espèce de raisons de présenter cette opinion comme celle de leurs commettants, car des pétitions nombreuses et énergiques en portaient sans cesse l'expression devant le conseil des Cinq-Cents. Malheureusement rien n'était plus antipathique à la majorité du Directoire et à ses partisans que le respect sincère de la liberté des cultes. Les purs jacobins comme Barras et Rewbell haïssaient la religion en elle-même. Ils ne voulaient pas plus du Dieu dont se réclamait l'ancienne France, que de l'Etre suprême invoqué par Robespierre. Ils le rangeaient définitivement parmi les vaincus du 10 août et du 9 thermidor. Il représentait à leurs yeux tout ce qu'ils détestaient dans le passé, et aussi cette importune morale qui jette une ombre fâcheuse sur l'avenir de l'impie. Nous avons déjà dit que la Reveillière-Lepaux avait sa divinité particulière à protéger. C'était un philosophe inventeur de religion ; c'est dire qu'il appartenait à la race la plus intolérante; pour faire place au culte risible qu'il patronait il était disposé à abattre tout autel

330 proposition d'un nouveau décret de proscription.

rival. Il se fiait peu au charme de cette bergerie sentimentale qu'il voulait substituer à l'adoration du Dieu de l'Evangile , et il comptait davantage sur les mesures de proscription que sur les guirlandes de fleurs et les jattes de lait, touchants emblèmes de la théophilanthropie. Tout annonçait que la lutte serait vive entre le parti modéré qui voulait sérieusement la liberté des cultes et le Directoire qui voulait passionnément arracher la France à son antique religion.

A peine les deux conseils avaient- ils voté en août 1796 la loi sur la sûreté de l'Etat, loi à double tranchant dirigée contre les jacobins extrêmes et les royalistes, qu'un décret abominable et insensé contre les prêtres réfractaires leur était présenté. Certes la loi du 3 brumaire qui avait exigé dans les vingt-quatre heures l'exécution de toutes les lois rendues contre eux était bien suffisante pour les persécuter. Le Directoire en provoquant par l'un des siens un nouveau décret , et surtout un décret semblable , ne voulait évidemment que jeter le gant au parti modéré et faire à la face du pays sa profession de foi révolutionnaire. Il est vrai de dire que le décret du 3 brumaire n'avait été presque nulle part appliqué. Il s'agissait de conjurer au plutôt ce péril public.

Ce fut le représentant Drulhe, qui, dans la séance du 4- floréal (23 avril 1796), se chargea de cette tâche honteuse. Son rapport était animé des plus hideuses passions. Il dénonçait avec indignation les prêtres qui, après avoir refusé leur serment à la constitution civile du clergé, avaient cru.se conformer aux décrets de la Convention en faisant la déclaration de soumission aux lois de la République, que l'on exigeait comme condition préalable à l'ouverture d'un culte. Certes ils avaient raison de croire qu'on ne pouvait demander un serment à une institution abolie, et que la loi qui avait proclamé la séparation de l'Eglise et de l'Etat avait emporté avec la constitution civile du clergé tout les engagements qui y étaient liés. Rien n'était plus absurde que de prétendre perpétuer légalement un délit qui n'existait plus en fait et qui ne pouvait être réparé puisqu'il n'était plus possible de s'engager vis-à-vis d'une constitution abrogée. On

Page 1