VIOLENCE DU DIRECTOIRE CONTRE LA COUR DE ROME
délégué auprès du Directoire. Il ne s'agissait de rien moins que de rétracter les breîs par lesquels il avait condamné la constitution civile du clergé. Rien de plus déraisonnable qu'une pareille demande. Le prince temporel pouvait se dépouiller, mais le chef de l'Eglise ne pouvait sans se déshonorer et sans abdiquer soumettre une de ses décisions doctrinales aux fluctuations de la politique. Toute l'Eglise catholique était ainsi mise en cause et offensée. Le Directoire essayait de consommer sur la conscience de son chef l'attentat dont la Révolution s'était rendue coupable vis-à-vis des prêtres insermentés. Quelle folie n'y avait-il pas à soulever à l'extérieur pour l'aggraver la difficulté la plus sérieuse que la République eût rencontrée à l'intérieur? On reconnaît bien là l'imbécile entêtement d'un sectaire comme la Revellière-Lepaux. Quoique malade, le pape convoqua un consistoire qui décida à l'unanimité qu'on ne pouvait accorder une pareille demande sans renverser la religion de fond en comble *. Le malheureux pontife s'écria : « Nous trouvons la couronne du martyre plus brillante que celle que nous portons sur notre tête. » On comprenait très bien à Rome que le Directoire au fond voulait la guerre puisqu'il demandait ce qu'il ne pouvait obtenir. Aussi se prépara-t-on à la défense mais sans espoir, car nul secours n'était à attendre du dehors. Bonaparte écrivit sur un ton très dur à cette cour de vieillards qu'il était facile d'effrayer. Il énuméra ses victoires et menaça de les couronner par le renversement du pouvoir papal. Il agissait sous main néanmoins dans le sens de la conciliation par l'entremise du cardinal Mattei. Celui-ci répondit avec dignité à l'une de ses impérieuses sommations : « Monsieur le général, les succès de votre armée d'Italie vous ont aveuglé par un abus intolérable de la prospérité; non content d'avoir tondu les brebis jusqu'à la peau vous voulez encore les dévorer, et vous exigez que le pape sacrifie son âme et celle de ses peuples dont le sort lui est confié. Vous demandez la destruction totale des bases qui constituent la religion chrétienne. Le saint-père, consterné par cette insupportable préten-