RAPPORT DE CAMILLE JORDAN SUR LA LIBERTÉ DES CULTES
du parti modéré et il prenait une allure plus décidée. Plusieurs des nouveaux députés tels que Camille Jordan et Royer-Collard avaient été étrangers aux mesures violentes de la Révolution. C'étaient des hommes nouveaux que ne gênait aucun engagement antérieur. Ils étaient surtout, étrangers aux passions antireligieuses et ils représentaient des populations très attachées au christianisme et de plus en plus mécontentes de l'intolérance du Directoire. La session débuta d'une manière significative par la nomination de Barthélémy comme directeur et par la révision des lois révolutionnaires. La question religieuse ne pouvait manquer d'être promptement abordée. Déjà dans la séance du 13 juin, Gilbert Desmolière, dans un rapport sur les finances, se plaignait de la déchéance dans laquelle était tombée l'éducation publique. Un nombre croissant de parents se refusaient à confier leurs enfants à des écoles d'où l'instruction religieuse avait été bannie avec soin. Ce réveil si marqué du sentiment religieux que nous aurons à décrire plus tard rendait particulièrement odieuses les. lois de persécution qui figuraient au premier rang dans ce code révolutionnaire que l'on avait commencé à réviser. Camille Jordan se fit l'organe des réclamations qui surgissaient de toute part contre les entraves à la liberté des cultes. Il prononça dans la séance du 16 un mémorable discours où il défendit le droit de la conscience pour tous les citoyens indistinctement, sans se croire obligé de se faire pardonner sa hardiesse par des invectives contre le christianisme. Il ne craignit pas d'emprunter à la religion des considérations élevées. « Ne vous étonnez pas, dit-il en débutant, de l'intérêt qu'attachent aux idées religieuses ces hommes habitués à s'en nourrir. Ce sont elles qui leur assurent des jouissances indépendantes du pouvoir des hommes et des coups du sort. Leur besoin est surtout senti parmi les peuples en révolution; alors il faut surtout aux malheureux l'espérance; elles en font luire un rayon dans l'asile de la douleur; elles éclairent même la nuit du tombeau. Législateurs, que sont vos bienfaits près de ce bienfait immense?» L'orateur invoquait ensuite le respect de la volonté populaire qui se montrait de plus en plus fermement attachée aux institutions religieuses. « Oui,