‹ L'église et la révolution françaiseChapitre 267 sur 373 · RAPPORT DE CAMILLE JORDAN SUR LA LIBERTÉ DES CULTES · texte numérisé non relu

RAPPORT DE CAMILLE JORDAN SUR LA LIBERTÉ DES CULTES

législateurs, ajouta-t-il, il est utile et précieux pour vous que les religions existent, qu'elles exercent en liberté leur puissante influence, elles seules parlent efficacement de la morale au peuple ; elles préparent votre ouvrage, elles pourraient l'achever sans vous. Les lois ne sont que le supplément de la morale des peuples. Si Ton veut élever une digue aux progrès inquiétants du désordre et du crime, il faut rendre la liberté à tous les cultes. » Camille Jordan expliquait sans détour ce qu'il entendait par celte liberté. Il établissait avec une ferme logique que le prêtre n'étant pas un fonctionnaire reconnu et rétribué par l'Etat, ne devait être soumis à aucun serment, à aucune déclaration politique. Il devait être loisible aux citoyens de choisir les prêtres de leur choix. Le pouvoir civil n'avait à s'occuper que du maintien de l'ordre public; tout ce qui avait rapport à la religion était en dehors de sa compétence. Il s'ensuivait que les citoyens devaient avoir le droit d'acheter ou de louer des temples, de s'y assembler, d'y ériger les signes de leur croyance, d'en pratiquer les cérémonies et d'en publier les doctrines. Il devait même leur être permis d'avoir dans leur maison un temple domestique; la détermination des jours fériés appartenait aux Eglises diverses. Il n'était que trop facile au rapporteur de montrer combien sur tous ces points la liberté des cultes était entravée en France sous l'influence des préjugés révolutionnaires. Camille Jordan insistait ensuite avec énergie sur l'absurdité des décrets qui interdisaient aux prêtres de convoquer les fidèles à son de cloche selon la coutume antique : « Pourquoi, disait-il avec esprit, opposerions-nous donc une superstition philosophique à la superstition qui attache les femmes de nos villages à la cloche de leur paroisse ? » Les cérémonies funéraires avaient été depuis Chaumette l'objet de règlements impies ou ridicules. « Ah ! je conçois , s'écriait l'orateur avec une sublime éloquence, pourquoi ces tyrans qui ont couvert la France de tombeaux, les dépouillaient de leurs pompes! pourquoi ils jetaient avec tant d'indécence les derniers restes de l'homme dans la fosse du cimetière. Ils avaient besoin de mépriser l'humanité, et il leur fallait étouffer les sentiments généreux dont la

réaction devait leur être terrible. » Camille Jordan terminait ainsi : « Vous réaliserez l'antique vœu de la philosophie ; vous donnerez au monde le spectacle d'un grand empire où tous les cultes peuvent être exercés avec une égale protection et inspirer l'affection pour les hommes et le respect pour les lois. »

Ce discours fut un événement. Il excita les fureurs du ban et de l'arrière-ban des jacobins. On essaya de faire oublier par de sottes railleries sur le son des cloches les grandes maximes du droit public et les nobles paroles qui avaient honoré ce jourlà la tribune nationale. La discussion sur ce rapport eut lieu au conseil des Cinq-Cents, deux mois après (8 juillet 1797) à la suite d'un vif débat sur les émigrés. La commission au nom de laquelle Camille Jordan avait pris la parole, avait présenté à l'Assemblée la proposition suivante : « Les lois qui ont prononcé la peine de déportation ou de réclusion contre les prêtres, pour la seule cause de refus de serment et de déclaration de soumission aux lois de la République, sont rapportées. Les lois rendues contre les citoyens qui auraient donné asile auxdits prêtres sont également rapportées. Lesdits prêtres rentreront dans tous leurs droits de citoyens. » Cette mesure eût admirablement complété celles proposées par Camille Jordan. Le général Jourdan, qui appartenait à la fraction extrême du parti révolutionnaire, ouvrit la discussion par un discours des plus violents contre toute modification des lois existantes. Autant l'influence de la religion avait paru bienfaisante à Camille Jordan, autant à lui elle semblait funeste. «Les prêtres, disait-il, peuvent créer ou détruire des gouvernements, transformer Louis XVI en martyr et vouer à l'ignominie les héros de la Révolution... » L'orateur voulait qu'ils fussent soumis à une déclaration de soumission aux lois de la République et que toutes les églises fussent vendues. Il s'opposait énergiquement au rappel des réfractaires, par la raison que la bonne politique se met au-dessus de la légalité « dans un temps de révolution où l'un des partis doit écraser l'autre. » Ce fut sur ce terrain que le débat s'engagea avec le plus de vivacité; la gauche invoquait la situation exceptionnelle du pays et défendait avec passion les mesures de salut public,

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