‹ L'église et la révolution françaiseChapitre 268 sur 373 · DISCOURS DE ROYER-COLLARD · texte numérisé non relu

DISCOURS DE ROYER-COLLARD

tandis que la droite demandait que l'on mît fin à une crise si tendue et qu'on inaugurât le règne de la loi. Lemérer et Boissy d'Anglas soutinrent éloquemment ce dernier parti ; Boulay de la Meurthe défendit maladroitement la constitution civile du clergé et Lamarque agita de nouveau devant l'assemblée le poignard de la Saint-Barthélemy, si souvent invoqué dans ces débats comme une raison décisive de persécuter les prêtres. « Nous ne voulons pas, s'écria-t-il, du Dieu de leurs pères, car leurs pères étaient des barbares. Le vrai Dieu est celui de la tolérance et de l'humanité. » D'où l'orateur concluait qu'il fallait maintenir les mesures les plus intolérantes. On entendit dans cette discussion la voix grave d'un jeune député destiné à exercer une grande influence sur le parti libéral pendant de longues années. Royer- Collard débuta à la tribune en défendant la plus belle des causes. On retrouve dans ce premier discours l'austère vigueur de sa parole et aussi cette habileté magistrale à élargir le débat au risque de le perdre quelque peu dans l'abstraction. Il montrai! avec une haute raison que la religion catholique était profondément enracinée dans le pays, qu'elle y était indestructible, qu'elle avait survécu à la monarchie dont elle avait précédé la naissance et triomphé de toutes les attaques qui lui avaient été livrées par la tyrannie révolutionnaire. « Un gouvernement naissant qui s'obstinerait à la proscrire verrait retomber sur lui les coups qu'il lui porterait. » Le jeune orateur eut le tort de vanter par avance le régime des concordats. « Toutes les fois, dit-il, qu'il existe dans un Etat une religion généralement et depuis longtemps adoptée, il faut que le gouvernement contracte avec elle une alliance fondée sur l'intérêt d'un appui réciproque. » C'était précisément ce que l'Assemblée constituante avait essayé dans la constitution civile du clergé et il eût été plus sage de renoncer à toute entreprise du même genre. Royer- Collard déploya une mâle éloquence en peignant les souffrances de l'Eglise sous le régime révolutionnaire. « Ne craignez point, disait-il, que la religion catholique abuse de la liberté pour aspirer à la tyrannie. Non, elle n'opprimera ni les autres sectes, ni la liberté négative des indifférents ; attaquée elle-même chaque jour, dé-

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