DISCOURS DE ROYER-COLLARD
pouillée de ses cérémonies extérieures, veuve de ses pontifes, elle a bien assez du soin de sa propre défense et ce n'est pas le temps pour elle de méditer des conquêtes. A ceux qui invoquaient comme un péril le pouvoir du haut clergé sous l'ancienne France, l'orateur répondait ainsi : « Ce serait la plus étrange inconséquence et la plus atroce dérision de les accuser aujourd'hui de ce qu'ils furent, et da soulever contre eux le souvenir d'une puissance si complètement évanouie. Quelle est donc cette justice qui motive la proscription par la proscription même? Si ce raisonnement est bon, il faudra le prouver jusqu'à sa dernière conséquence, jusqu'à ce principe fondamental de la politique révolutionnaire : 77 n'y a que les morts qui ne reviennent pas. Et s'il est vrai que ceux sur qui a pesé une cruelle oppression doivent être déshérités de la protection sociale, qui donc parmi nous l'obtiendra si ce n'est les assassins et les bourreaux? Oui, sans doute, après de longues et sanglantes souffrances il est d'implacables souvenirs, il est des haines immortelles; mais l'expérience nous enseigne, mais nos propres cœurs attestent que ces souvenirs, que ces haines sont surtout ressenties par les oppresseurs, qui repoussent le pardon public, parce qu'ils ne peuvent obtenir celui de la conscience, condamnés au crime par le crime, véritables ennemis, seuls ennemis de la paix publique. L'opprimé au contraire, quand il s'est reposé dans un sentiment de résignation, envisage comme un bienfait la seule cessation de ses maux; il paye ce bienfait de toute sa reconnaissance. Que dis-je? il attache presque l'idée de justice à la modération dans l'injustice. Ils haïssent, dit-on, le gouvernement républicain; mais lequel? Est-ce le gouvernement révolutionnaire? Ah ! je le crois sans peine ; il les a entassés dans des cachots et les y a fait périr par des massacres, par la faim, par le froid; il les a noyés, mitraillés, donnés en spectacle de carnage. Mais le gouvernement qui réparera ce qui est réparable, pourquoi le haïraientils? » La péroraison du discours est admirable : « Justice, confiance, générosité tant décriées par la tyrannie,, vous n'êtes pas seulement le plus noble sentiment de l'âme humaine, vous êtes encore la plus vaste pensée des gouvernements la plus savante
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combinaison politique, le plus profond des artifices. Au cri féroce de la démagogie invoquant : l'audace et puis l'audace et encore l'audace, répondons par ce cri consolateur et vainqueur qui retentira dans toute la France : « La justice et « puis la justice et encore la justice. » L'Assemblée vota presque à l'unanimité le projet qui faisait cesser la déportation des prêtres insermentés. La gauche n'obtint l'article relatif à la déclaration de soumission aux lois qu'au second débat. Malgré cette restriction, la liberté des cultes avait remporté une grande victoire et son triomphe eût été bientôt complet si ce mouvement bienfaisant n'eût été arrêté soudain par le coup d'Etat de fructidor. Il est certain que l'une des causes principales de cet attentat fut précisément le rétablissement de la liberté des cultes. Le rapport présenté à cette époque par Thibaudeau sur la situation politique du pays ne laisse aucun doute à cet égard. « On nous dénonce, disait-il, l'insolence des émigrés et des prêtres réfractaires, rappelés et favorisés ouvertement. Le conseil des Cinq-Cents, en dépit de l'esprit de parti et des prétentions renaissantes d'un culte autrefois dominant, s'est conformé aux principes proposés par la philosophie et consacrés par la Constitution : liberté de conscience , protection égale pour les cultes, soumission de leurs ministres garantie par une déclaration. »
Nous n'avons pas à retracer les circonstances du hideux guetapens du 18 fructidor. Cette violation de la représentation nationale habilement calculée par les dépositaires de l'autorité est infiniment plus coupable que les irruptions populaires. Le mélange de la ruse et de la violence rend le crime plus odieux. Il faut jeter un voile sur ces jours néfastes où une soldatesque avinée insulte brutalement au droit qu'elle supprime, ces jours où elle peut répéter en riant, ce mot d'un obscur officier aux proscrits qu'il était chargé d'arrêter : « La loi, c'est le sabre! Ces journées-là sont un grand déshonneur pour les armées qui s'y prêtent et pour les pays qui les supportent; leurs victimes seules en sortent pures et glorieuses. La plupart des généraux applaudirent au coup d'Etat du 18 fructidor ; la réserve de Bonaparte